https://cabaneasang.tv/fr/director/hossein-abbasi-sharif-abadi/
Hossein Abbasi Sharif Abadi - director portrait

Hossein Abbasi Sharif Abadi

Iran, Islamic Republic of

Chez Hossein Abbasi Sharif Abadi, l'Iran n'apparaît jamais comme un simple horizon national identifiable à distance. Il s'impose comme un régime sensible de tensions, d'interdits, de signes contournés, où le visible doit constamment négocier avec ce qui ne peut pas se dire frontalement. Cette donnée suffit à singulariser son travail dans les Années 2010 et les Années 2020 : ses films semblent naître d'une friction entre la contrainte du réel et le besoin d'inventer des formes obliques.

Abbasi Sharif Abadi appartient à cette lignée de cinéastes pour qui l'allusion n'est pas un manque mais une méthode. Au lieu d'écraser le spectateur sous l'explication, il organise des zones d'incertitude. L'espace, les corps, les rapports d'autorité, les silences familiaux ou collectifs deviennent les porteurs d'une inquiétude qui dépasse toujours l'anecdote. Chez lui, la menace ne prend pas forcément la forme d'un antagoniste nettement désigné. Elle circule dans le tissu même du quotidien.

C'est pourquoi son œuvre dialogue si naturellement avec un certain fantastique discret. Non pas un fantastique d'effets spectaculaires, mais un fantastique de déplacement, de soupçon, de texture morale. Une pièce trop calme, une règle sociale acceptée trop mécaniquement, une présence à peine formulable : il suffit souvent de peu pour que le réel bascule. Cette économie du trouble a une puissance particulière dans le contexte iranien, où les dispositifs de contrôle social, religieux ou politique sont déjà si fortement inscrits dans les gestes ordinaires. Le cinéma n'a pas besoin d'ajouter une oppression abstraite. Il lui suffit de regarder avec assez de précision.

Ce qui frappe aussi, c'est la manière dont il filme les personnages sans les réduire à des figures démonstratives. Chacun porte sa part d'opacité. Les comportements ne s'offrent pas immédiatement au déchiffrement. Cette réserve donne à ses films une qualité presque hantée, alors même qu'ils peuvent demeurer très ancrés dans des situations concrètes. Le mystère, ici, n'est pas un ornement. Il est la forme que prend une vérité empêchée.

Le rapport au temps est également décisif. Abbasi Sharif Abadi semble comprendre qu'un plan doit parfois durer pour que la peur s'y dépose vraiment. Non pas une peur spectaculaire, mais une inquiétude plus lente, faite de surveillance, de retenue, de pressentiment. L'image reste, insiste, laisse travailler le hors-champ. Dans un tel dispositif, le spectateur n'est pas conduit par la main. Il doit lui-même mesurer ce qui, dans la scène, excède la scène.

Le contexte de l'Iran n'est donc pas seulement un arrière-plan culturel. C'est une structure de perception. On pourrait voir son cinéma dialoguer avec des espaces comme Locarno ou d'autres lieux sensibles aux œuvres qui déplacent les rapports entre politique, quotidien et genre. Il y trouverait sa juste place, parce qu'il ne choisit jamais entre gravité du regard et intensité sensible.

Voir Hossein Abbasi Sharif Abadi, c'est découvrir une manière de faire entrer l'inquiétude dans des formes retenues, presque modestes, mais d'autant plus incisives. Ses films rappellent que le fantastique peut devenir l'une des meilleures langues pour parler de sociétés où la vérité circule sous pression. Là où tant d'images veulent se rendre immédiatement lisibles, les siennes préfèrent garder une part de nuit. C'est précisément ce qui leur donne leur nécessité.

Suggérer une modification