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Arshia Zeinali

Iran, Islamic Republic of

Dans l'Iran des années 2020, Arshia Zeinali travaille une forme de fantastique qui ne s'annonce jamais comme pur ailleurs, mais comme torsion discrète du réel social. C'est ce qui donne à son cinéma sa tension particulière. L'horreur y naît moins d'une créature ou d'un grand dispositif que de la sensation qu'un monde déjà chargé de règles, de pressions et de silences ne peut plus contenir ce qu'il a lui-même produit. Le trouble vient de l'intérieur des formes de vie.

Zeinali paraît très attentif à la façon dont les interdits façonnent la perception. Ses personnages ne sont pas seulement confrontés à une menace; ils sont formés par un environnement où tout ne peut pas être dit, vu ou accompli librement. Cette structure donne au moindre décalage une portée considérable. Un regard trop long, un détour, un espace traversé à contretemps, une présence qu'on préfère ne pas nommer: autant d'éléments qui, chez lui, peuvent suffire à faire basculer une scène. Le fantastique devient alors le langage indirect de ce qui excède les cadres permis.

Cette méthode exige une grande précision, et Zeinali semble la posséder. Il ne noie pas ses films dans l'abstraction. Les situations restent concrètes, les lieux reconnaissables, les relations lisibles. C'est précisément cette lisibilité qui rend le dérèglement plus efficace. Lorsqu'une image commence à résister, on sent qu'elle résiste à partir d'une base stable. Le spectateur n'est pas plongé dans le flou généralisé, mais invité à éprouver le moment où une réalité organisée selon des normes strictes révèle sa part de menace incohérente.

Il faut aussi souligner la place du corps dans ce cinéma. Zeinali filme des êtres qui se contiennent, se surveillent, s'ajustent aux contraintes de leur milieu, parfois jusqu'à l'épuisement. Cette retenue corporelle produit une intensité remarquable. L'horreur, lorsqu'elle affleure, ne tombe pas sur des personnages disponibles à l'excès émotionnel. Elle rencontre au contraire des corps déjà disciplinés, donc plus vulnérables à toute rupture de contrôle. Le film gagne alors en densité morale. Ce qui vacille n'est pas seulement la sécurité, mais un régime entier de comportement appris.

Cette dimension morale n'entraîne jamais le cinéma de Zeinali vers l'allégorie simpliste. Il ne traite pas le fantastique comme un code transparent. Il lui laisse une part d'opacité, de puissance propre, de matérialité sensible. C'est essentiel. Dès qu'un film de genre se contente d'illustrer un sous-texte, il cesse d'être vraiment inquiétant. Zeinali l'évite en maintenant ses images dans un état de tension ouverte. Elles signifient, bien sûr, mais elles affectent d'abord. Elles imposent un climat où le monde paraît à la fois très réel et subtilement inhabitable.

Avec deux titres au catalogue, Arshia Zeinali apparaît comme une présence encore discrète, mais déjà cohérente. On y perçoit un sens du cadre, une économie du trouble, une intelligence des contextes de contrainte qui donnent au genre une épaisseur supplémentaire. Ce n'est pas une petite qualité. C'est même souvent la condition pour que le fantastique contemporain échappe aux recettes.

Zeinali mérite d'être suivi parce qu'il comprend que la peur la plus profonde n'est pas toujours celle de l'inconnu absolu. Elle peut être celle d'un ordre familier qui se met soudain à montrer, malgré lui, la violence secrète de ses propres fondations. Son cinéma avance exactement dans cette fêlure.

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