https://cabaneasang.tv/fr/country/mexico/page/2/

Mexique

3 302 films · 965 courts métrages · 62 réalisateurs · 26 festivals

L'horreur mexicaine entretient avec la mort un rapport bien plus ancien et plus souple que beaucoup d'autres traditions. Cela ne signifie pas qu'elle soit folklorique au sens décoratif. Cela veut dire qu'elle peut faire cohabiter le catholicisme, la fête macabre, le gothique, le pulp populaire et le fantastique tragique sans avoir besoin de choisir un seul registre légitime.

Even the Wind Is Afraid et The Skeleton of Mrs. Morales montrent déjà combien le cinéma mexicain sait passer du spectral à l'ironie noire. Alucarda pousse la possession et le délire catholique jusqu'à l'excès le plus fiévreux. Puis Cronos donne à Guillermo del Toro son grand point d'entrée international, en transformant le vampirisme en machine mélancolique, organique, presque horlogère. À côté de cela, la tradition lucha avec Santo vs. the Vampire Women rappelle que l'horreur mexicaine sait aussi rester populaire, baroque et joyeusement bis.

Autour de del Toro, Carlos Enrique Taboada et Juan López Moctezuma dessinent une tradition très ouverte, où la peur se mêle naturellement au rite, au théâtre et à la satire. Le Mexique compte dans l'histoire du genre parce qu'il donne à la mort des formes plus variées que le simple effroi.

Les pages pays permettent aussi de corriger un biais très courant dans l'histoire de l'horreur: quelques industries dominantes occupent tout l'espace critique, tandis que d'autres cinématographies sont réduites à une note de bas de page. Revenir à l'échelle nationale aide à défaire cette hiérarchie. On voit mieux comment la censure a modelé les formes possibles, comment les économies de production ont poussé vers la télévision, l'art et essai ou la série B, et comment des marchés régionaux ont favorisé certaines peurs plutôt que d'autres. Une page comme celle-ci reste donc ouverte, disponible pour de futures redécouvertes, au lieu d'enfermer le pays dans une poignée de références importées.

Il y a enfin un bénéfice très concret pour le spectateur. On arrive souvent sur une page pays avec une attente de genre déjà formée, puis on découvre que le corpus déplace cette attente. Un amateur d'occultisme peut tomber sur un cinéma davantage hanté par la mémoire collective que par le rituel; un lecteur venu pour le slasher peut trouver presque autre chose, par exemple une tradition de surnaturel allusif ou de violence politique. Ce déplacement fait la richesse de CaSTV. Il transforme la navigation géographique en lecture critique, et non en simple rangement de fiches.

On obtient ainsi une navigation plus juste, où le contexte national devient un outil d'interprétation plutôt qu'un simple drapeau ajouté après coup.