Francisco Yael Ascanio Pacheco
Dans le Mexique de Francisco Yael Ascanio Pacheco, l'horreur arrive avec un héritage lourd: morts très présents, catholicisme populaire, violence quotidienne, mythes qui n'ont jamais demandé à devenir décor. Son unique crédit au catalogue CaSTV doit être lu à partir de cette matière mexicaine, où le fantastique n'est jamais seulement une échappée hors du réel. Le Mexique possède une relation au macabre si dense que le cinéma de peur y travaille toujours avec des forces déjà installées dans la culture visuelle, familiale et religieuse.
Ascanio Pacheco apparaît ainsi dans un territoire où le mort n'est pas seulement l'opposé du vivant. Il peut être voisin, dette, image, promesse, menace. Le genre mexicain, lorsqu'il est fort, ne traite pas la mort comme un accessoire gothique. Il la regarde comme une institution intime. Les familles parlent avec elle, les maisons la conservent, les rues la croisent, les corps la portent. Un cinéaste qui entre dans cette tradition doit donc éviter le pittoresque. La question n'est pas de montrer des symboles reconnaissables, mais de trouver comment ils pèsent sur une situation concrète.
Cette position rapproche son travail du fantastique sombre et de l'horreur à ancrage culturel. Le fantastique mexicain a souvent une puissance particulière parce qu'il ne rompt pas le réel; il l'épaissit. Une apparition peut sembler moins incroyable qu'une vérité trop longtemps repoussée. Un rituel peut être moins étrange qu'une famille qui prétend ne rien savoir. Le surnaturel devient alors la forme visible d'une continuité entre violence sociale, mémoire et croyance.
Le crédit unique d'Ascanio Pacheco invite aussi à penser le cinéma de genre comme une affaire de génération. Les cinéastes mexicains des dernières décennies ont hérité à la fois d'un patrimoine populaire, d'un cinéma d'auteur internationalement célébré et d'une réalité contemporaine traversée par la brutalité. Cette triple pression peut produire des oeuvres tendues, où l'on ne sait plus si la peur vient du conte, du journal ou de la maison. C'est précisément cette confusion qui intéresse CaSTV. Le genre devient une méthode pour regarder un pays sans le réduire à ses blessures.
Dans une mise en scène mexicaine de la peur, le lieu a souvent une autorité décisive. Une pièce, une cour, un village, une route ou une périphérie urbaine peut porter un excès d'histoire. Le plan ne montre pas seulement où sont les personnages; il montre ce qui les entoure moralement. Ascanio Pacheco, par sa présence dans le catalogue, se place dans cette attente d'un cinéma où chaque espace pourrait avoir une mémoire active. La peur commence quand le décor cesse de se taire.
Les années 2020 ont rendu particulièrement visible cette vitalité des cinémas latino-américains de genre, capables de passer du réalisme dur à la fable noire sans changer de sujet. Francisco Yael Ascanio Pacheco compte dans cette cartographie parce qu'il prolonge l'idée que l'horreur mexicaine n'est pas une simple réserve d'images folkloriques. Elle est une pensée du lien entre les vivants et ce qui insiste après eux. Un seul crédit peut suffire à faire entendre cette promesse: filmer le macabre non comme spectacle, mais comme langue quotidienne d'un monde où les morts n'ont jamais totalement quitté la table.
