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Tamae Garateguy - director portrait

Tamae Garateguy

Avec Mujer lobo, Tamae Garateguy a lancé un signal très clair : son cinéma prend le genre comme un espace de rage physique, de sexualité agressive et de déformation des codes masculins traditionnels. C'est un point de départ décisif, parce qu'il empêche toute lecture polie. Garateguy vient d'Argentine, mais elle travaille le fantastique et l'exploitation avec une énergie qui déborde les cadres nationaux habituels. Ce qui l'intéresse n'est pas la respectabilité du genre, mais sa capacité à produire des images de transgression, de morsure et de renversement.

Chez elle, le corps n'est jamais neutre. Il attaque, désire, encaisse, se transforme, impose sa présence contre les dispositifs qui voudraient le domestiquer. Cette frontalité fait tout le prix de son cinéma. Là où une partie du fantastique contemporain choisit le symbole prudent ou la métaphore élégante, Garateguy préfère la matière immédiate de l'agression et de la pulsion. Cela ne veut pas dire que ses films sont dépourvus de pensée. Au contraire. Ils pensent par intensité, par collision, par retournement des regards. Le geste est théorique, mais il passe par la chair.

Mujer lobo reste exemplaire de cette approche. Le film mobilise une figure mythique, celle de la femme-louve, pour construire autre chose qu'un simple récit de monstre. Il s'agit d'une politique du désir, d'une insurrection contre la capture du corps féminin par le regard patriarcal, contre l'idée qu'il faudrait rendre la violence présentable pour qu'elle devienne recevable. Garateguy ne cherche pas à rassurer. Elle cherche à contaminer le cadre, à forcer le spectateur à composer avec une présence qui ne demande aucune permission.

Cette stratégie donne à son oeuvre une place singulière dans la horreur et le cinéma d'exploitation des années 2010. Le mot exploitation peut gêner, mais il faut l'entendre ici comme un terrain historiquement impur, conflictuel, où les hiérarchies de goût deviennent instables. Garateguy s'empare de cette impurité avec intelligence. Elle reprend des formes basses pour y injecter une fureur politique et une conscience des rapports de genre qui les déplacent radicalement. Le résultat n'est ni un manifeste plaqué ni un simple exercice de style.

L'Argentine qu'elle traverse n'est jamais folklorique. C'est un espace urbain, social et sexuel où la violence circule déjà avant même que le fantastique ne l'exacerbe. Cette ancre concrète évite au film de flotter dans le pur concept ou dans la citation vide. Garateguy sait que le genre gagne en force lorsqu'il colle à une matière locale, à des rythmes, à des rapports de classe et de sexe effectivement vécus. C'est cette adhérence qui rend ses excès crédibles.

Tamae Garateguy mérite ainsi d'être considérée comme une voix essentielle du cinéma de genre latino-américain contemporain. Elle ne demande pas au spectateur d'admirer sa transgression à distance ; elle l'y confronte. Dans un paysage où tant d'oeuvres se contentent de féminiser des schémas existants sans en dérégler la violence, son travail propose autre chose : une réappropriation féroce, charnelle, du pouvoir de nuisance du genre. Peu de films récents assument avec une telle franchise que le fantastique peut être non seulement un terrain d'images, mais une manière de mordre dans l'ordre social.

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