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Romain de Saint-Blanquat

Avec La Morsure, Romain de Saint-Blanquat a inscrit l'angoisse adolescente française dans la nuit du 31 décembre 1967, moment suspendu où la fête, la religion et la catastrophe intime se frottent jusqu'à produire une fièvre noire. Le film ne traite pas l'adolescence comme un simple âge de passage. Il la filme comme une zone de possession, un territoire où le désir, la peur de mourir et le besoin de transgression parlent la même langue.

Ce qui frappe chez lui, c'est la manière de faire du passé un espace sensoriel plutôt qu'une reconstitution. Les années 1960 ne sont pas un décor vintage aligné pour rassurer la cinéphilie. Elles deviennent un climat, un ensemble de tissus, de lumières, de surveillances, de contraintes catholiques et de promesses d'émancipation. Le film comprend que la période juste avant 1968 en France n'est pas seulement une date. C'est une tension prête à se fissurer.

Dans le contexte du cinéma français, Saint-Blanquat occupe une place singulière: il retrouve le pouvoir romanesque du gothique sans abandonner la précision des corps adolescents. Son image aime les chambres, les couloirs, les pensionnats, les rues nocturnes, mais elle ne les transforme jamais en simples citations. Elle cherche le point où le décor devient un piège moral. Le catholicisme, la famille, l'institution scolaire ne sont pas des accessoires. Ce sont des forces d'encadrement.

La Morsure s'inscrit clairement dans un cinéma gothique qui préfère l'incertitude aux règles trop nettes. Vampire, fantasme, maladie, hallucination, pressentiment de mort: le film laisse ces pistes se contaminer. Cette indécision est sa beauté. Le fantastique y reste assez concret pour troubler le corps, assez flottant pour ne pas être réduit à une fiche mythologique. Saint-Blanquat sait qu'un cou nu, une plaie, une peau trop pâle ou une phrase murmurée peuvent suffire à réveiller toute une bibliothèque de peur.

Sa mise en scène travaille aussi la question du temps. Le réveillon impose un compte à rebours, mais le film n'en fait pas un mécanisme de suspense banal. Minuit approche comme une menace métaphysique. Les personnages sentent qu'ils traversent une frontière sans savoir laquelle. C'est là que le film touche à une vérité profonde de l'adolescence: chaque nuit peut sembler définitive, chaque désir peut prendre la forme d'un pacte, chaque décision peut paraître irréversible.

Dans les années 2020, beaucoup de films d'horreur ont tenté de réactiver le passé comme archive traumatique. Saint-Blanquat se distingue par son refus du surplomb. Il ne regarde pas 1967 depuis une distance professorale. Il plonge dans la confusion affective de ses personnages. La politique, la religion et la sexualité sont là, mais elles passent par la peau, par la fatigue, par l'excitation, par la peur d'être vue. Cette méthode donne au film une densité rare.

Il faut souligner son sens des actrices et des visages. L'horreur adolescente échoue souvent quand elle réduit ses héroïnes à des fonctions. Chez Saint-Blanquat, elles existent par leurs contradictions. Elles veulent croire et ne pas croire, obéir et disparaître, être aimées et se perdre. La caméra ne les juge pas. Elle les accompagne dans cette zone où la liberté ressemble d'abord à un vertige. Le fantastique devient alors non pas un ajout, mais la forme juste d'une expérience impossible à expliquer calmement.

Pour CaSTV, Romain de Saint-Blanquat est un cinéaste précieux parce qu'il rappelle que le gothique français peut encore être vivant, charnel, adolescent, dangereux. Son cinéma ne cherche pas l'horreur comme collection de signes. Il cherche le moment où un signe ancien revient brûler une peau contemporaine. La morsure n'est pas seulement une blessure. C'est une transmission, une initiation, peut-être une malédiction, surtout une façon de dire qu'on ne sort jamais intact de la première nuit où l'on comprend que le monde peut vous désirer autant qu'il peut vous détruire.

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