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Richard Somes - director portrait

Richard Somes

Avec Yanggaw, Richard Somes fait entrer le film de monstre dans un espace autrement plus troublant que la simple série B horrifique : le foyer provincial, la famille qui cache, la communauté qui observe, la maladie impossible à nommer sans faire exploser l'ordre social. Le zombie, ou ce qui s'en approche, n'est plus une figure de contamination abstraite. Il devient le révélateur d'un tissu moral, religieux et affectif profondément tendu. C'est une très belle porte d'entrée dans l'univers de Somes.

Son cinéma appartient aux Philippines autant par ses décors et ses langues que par sa compréhension des compromis matériels qui structurent les vies ordinaires. Il sait filmer des espaces où la précarité n'est pas un thème, mais une condition. Cette attention au concret donne à ses incursions dans le Horreur ou le thriller une épaisseur supplémentaire. La peur n'y descend jamais du ciel. Elle sort des arrangements familiaux, de la dette, du regard du voisinage, de l'impossibilité de préserver un secret lorsque tout le monde vit si près.

Richard Somes n'est pas un formaliste démonstratif. Sa force vient plutôt de sa capacité à utiliser les outils du genre avec une netteté presque classique pour mieux faire remonter des tensions locales très spécifiques. Dans Yanggaw, par exemple, l'efficacité du dispositif fantastique tient à ce qu'il ne rompt pas avec le monde social. Au contraire, il l'intensifie. L'horreur révèle ce que la famille voulait déjà contenir, ce que la communauté surveillait déjà, ce que la morale religieuse rendait déjà invivable.

Cette intelligence du genre se retrouve dans d'autres projets, y compris quand Somes se rapproche de l'action ou du thriller urbain. Il garde un sens aigu de la pression sociale, du groupe, de la violence comme fait de milieu. Les personnages ne sont jamais isolés dans un vide abstrait. Ils sont pris dans des circuits de loyauté, d'humiliation, d'appartenance, parfois de vengeance. Même lorsqu'il travaille des formes plus brutales, plus nerveuses, Somes maintient ce lien avec la structure collective. C'est ce qui donne à son cinéma une vraie densité populaire.

Dans le paysage des Années 2000 et des Années 2010, il incarne une voie intéressante du cinéma philippin de genre, moins préoccupée par la citation érudite que par l'efficacité enracinée. Somes n'a pas besoin de transformer chaque film en commentaire sur le genre pour montrer qu'il sait ce qu'il fait. Il comprend les mécanismes du suspense, la valeur du rythme, la nécessité d'un ancrage humain minimum. C'est un savoir-faire qui peut paraître modeste vu de loin, mais qui devient décisif dès qu'on regarde ce que tant de productions "de genre" contemporaines oublient : la peur a besoin d'un monde cohérent pour frapper.

Il faut aussi souligner son rapport à la violence. Somes ne la fétichise pas comme pure prouesse. Même dans ses formes les plus franches, elle reste liée à une situation, à une hiérarchie, à une économie des corps exposés. Cette retenue relative lui permet d'éviter le sensationnalisme vide. Il ne s'agit pas de purifier son cinéma, mais de rappeler qu'il travaille mieux quand le choc a un environnement, une circulation, une nécessité dramatique.

Richard Somes mérite donc qu'on le pense comme bien plus qu'un simple artisan du genre. Il fait partie de ces cinéastes capables d'utiliser les cadres populaires pour enregistrer les peurs d'une société, ses structures de contrôle, ses formes d'étouffement domestique et communautaire. Chez lui, le fantastique et l'horreur ne sont pas des échappatoires au réel. Ils sont des instruments de lecture. Et lorsque cet instrument est aussi bien accordé que dans Yanggaw, il rappelle combien le cinéma de genre peut être précis, local et politiquement nerveux sans perdre sa force immédiate.

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