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Onur Tukel - director portrait

Onur Tukel

Chez Onur Tukel, la comédie indépendante new yorkaise des années 2000 se met à transpirer quelque chose de nettement plus sale. On pense à Summer of Blood parce que le film résume bien son talent : prendre la névrose urbaine, l'humour verbal, la petitesse affective et les faire glisser vers le vampirisme avec un naturel presque insultant. Tukel n'utilise pas le fantastique comme rupture spectaculaire. Il s'en sert pour révéler ce qui, dans la sociabilité contemporaine, relevait déjà de la prédation. Le monstre n'arrive pas du dehors. Il formalise une disposition préexistante.

Cette logique traverse son oeuvre. Qu'il filme des artistes insupportables, des amitiés toxiques, des couples en ruine ou des personnages qui parlent beaucoup pour éviter tout examen moral, Tukel garde le même plaisir pour la gêne productive. Ses dialogues ont du mordant, mais leur fonction n'est pas seulement comique. Ils usent les rapports, exposent les narcissismes, transforment la parole en instrument d'autodéfense. On retrouve là une qualité très américaine, très États Unis, du cinéma indépendant : la capacité à capter un milieu précis sans lui accorder la moindre indulgence.

Ce qui distingue Tukel, cependant, c'est la façon dont il fait contaminer cette veine par le horreur et le thriller de basse altitude. Pas de grand appareil gothique, pas d'obsession pour le prestige de genre. Plutôt une série de glissements où les affects ordinaires deviennent littéralement carnassiers. Summer of Blood fonctionne si bien parce qu'il comprend que la comédie de l'égocentrisme moderne touche déjà à quelque chose de vampirique. Désirer, manipuler, monopoliser l'attention, traiter autrui comme ressource émotionnelle : le film n'a presque plus qu'à rendre cela visible.

Il y a, dans cette approche, une crudité salutaire. Tukel n'est pas un satiriste élégant. Il préfère le malaise, le mauvais goût calculé, la répétition agressive d'un trait de caractère jusqu'au point de rupture. Ce n'est pas toujours aimable, et c'est très bien ainsi. Son cinéma comprend qu'une certaine vérité sociale ne se laisse pas attraper par des formes trop polies. Il faut parfois que le rire racle un peu, que la scène insiste, que l'humiliation devienne le vrai moteur du spectacle.

Pour CaSTV, Onur Tukel représente une ligne mineure mais essentielle du cinéma de trouble contemporain. Dans les années 2010, il a montré comment les codes de la comédie indépendante pouvaient être infectés de l'intérieur par le monstre, sans perdre leur ancrage local ni leur sécheresse de ton. Son oeuvre rappelle une chose simple : la vie sociale urbaine, quand elle est filmée sans excuses, contient déjà beaucoup de matière pour l'horreur. Tukel a juste l'honnêteté de ne pas détourner les yeux quand les crocs apparaissent.