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Muriel Box - director portrait

Muriel Box

Avec The Truth About Women, Muriel Box s'empare d'un dispositif presque piégé, celui de la chronique sentimentale racontée par un homme, pour le retourner en critique ironique des mythologies masculines. Il faut partir de là pour comprendre son importance. Dans l'histoire du cinéma britannique, Box a longtemps été reléguée à un statut d'exception administrative, femme réalisatrice ayant réussi dans un milieu dominé par les hommes. Or son intérêt est ailleurs, dans l'intelligence acérée avec laquelle elle observe les rapports de genre, les hypocrisies respectables et les arrangements sociaux de l'après-guerre. Dans le Royaume-Uni des Années 1950, elle impose un regard bien plus mordant qu'on ne l'a souvent dit.

Son cinéma ne crie pas. Il excelle dans l'art plus dangereux de la politesse venimeuse. Beaucoup de ses films prennent appui sur des formes reconnues, la comédie sociale, le drame domestique, l'adaptation littéraire, pour y glisser des questions de pouvoir, de désir et de contrainte qui fissurent l'image d'une société britannique ordonnée. Box comprend très bien que l'oppression ne se manifeste pas toujours par la brutalité explicite. Elle se niche dans la bienséance, dans les attentes de classe, dans les rôles attribués avec le sourire.

Cette conscience est particulièrement nette dans Street Corner, film qui suit des policières londoniennes à travers différents cas. Le projet aurait pu tourner à l'exotisme paternaliste ou au simple argument de nouveauté. Box en fait autre chose. Elle filme des femmes au travail dans un cadre institutionnel qui les autorise tout en les surveillant, et cette ambivalence donne au film une texture sociale précieuse. Sous son apparente fonctionnalité, Street Corner observe déjà comment les structures modernes intègrent les femmes sans renoncer à les encadrer.

Il faut aussi rappeler que Muriel Box a été scénariste avant de réaliser, et que cela se sent dans la netteté de ses constructions. Mais cette netteté n'a rien de mécanique. Elle sert une circulation très maîtrisée des points de vue, des sous-entendus et des retournements de perception. Ses films savent que le dialogue peut être arme, masque, aveu involontaire. Cela la rapproche par moments de la meilleure tradition de la comédie britannique, tout en lui donnant une inflexion plus explicitement féminine, sans que le mot devienne slogan.

La place de Box dans l'histoire du cinéma réalisé par des femmes est donc à reconsidérer sérieusement. Non pour la sanctifier au nom d'une réparation tardive, mais parce que son oeuvre regarde de front les mécanismes de domination sous des formes qui restent lisibles aujourd'hui. Elle ne propose pas de manifeste théorique. Elle montre comment une société raconte à ses femmes qu'elles sont libres alors qu'elle continue de distribuer étroitement les rôles, les marges et les récompenses. Cette lucidité passe souvent par l'humour, ce qui la rend d'autant plus efficace.

On pourrait lui reprocher, depuis le présent, de ne pas toujours rompre assez violemment avec les conventions de son époque. Le reproche manque sa cible. L'intérêt de Muriel Box tient justement à sa manière de travailler dans les conventions pour les user de l'intérieur. Elle comprend qu'un film peut être mondain en surface et profondément corrosif dans ses effets. Cette stratégie, moins spectaculaire qu'une rupture formelle, a parfois conduit à sous-estimer son tranchant. Pourtant il est là, dans la façon dont ses récits dégonflent les certitudes masculines et rendent sensible le prix psychique de la respectabilité.

Muriel Box mérite aujourd'hui une place plus ferme dans le récit du cinéma britannique. Non comme simple pionnière, mot commode qui transforme les artistes en jalons, mais comme cinéaste pleinement pensante, attentive aux formes ordinaires de l'injustice et aux performances sociales qui les recouvrent. Ses films ont le mérite rare de paraître parfois sages tout en travaillant contre la sagesse imposée. Ils savent que la domination adore les formes correctes, et ils en retournent la grammaire avec une patience ironique. C'est une oeuvre qui n'a pas besoin de hausser le ton pour viser juste.

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