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Marialy Rivas - director portrait

Marialy Rivas

Avec Joven y Alocada, Marialy Rivas donne au cinéma chilien des années 2010 un film de désobéissance intime qui comprend parfaitement à quel point la sexualité, la religion et la classe parlent déjà la même langue dans l'espace familial. Ce n'est pas un récit d'émancipation présenté comme slogan générationnel. C'est un film sur le frottement permanent entre désir, culpabilité, autoportrait numérique et discipline évangélique. Rivas y trouve d'emblée une matière très précise, très chilienne, mais jamais provincialement refermée.

Ce qui frappe chez elle, c'est la vitesse d'intelligence avec laquelle elle capte un monde moral. Joven y Alocada n'oppose pas simplement la liberté de la jeunesse à l'autorité religieuse. Il montre comment les injonctions circulent dans les corps, dans les phrases, dans les habitudes de confession et de contrôle. Le personnage central ne sort pas de ce système par pure clarté de conscience. Il compose avec lui, le provoque, le détourne, le performe parfois. Cette ambiguïté est essentielle. Rivas comprend que le désir n'est jamais pur dès lors qu'il se forme dans un univers saturé de normes.

L'ancrage au Chili est fondamental. Non seulement pour le poids des structures conservatrices, mais aussi pour l'histoire récente d'une société où l'intime et le politique restent fortement connectés. Rivas filme des espaces où l'ordre familial ressemble à un prolongement domestique d'un ordre social plus vaste. Cela ne transforme pas son cinéma en dissertation. Au contraire, sa force vient de sa capacité à faire passer ces lignes de tension dans le ton, dans l'humour, dans la franchise des scènes de sexe, dans les façons de parler de soi devant les autres.

Elle appartient à une génération pour qui Internet, les journaux intimes publics et les identités racontées en ligne ne sont pas des nouveautés décoratives, mais des conditions de subjectivité. Cela se sent dans la texture de son travail. Le récit s'ouvre à l'auto-mise en scène sans s'y dissoudre. Le personnage peut se raconter, mais ce récit de soi reste pris dans des regards contradictoires. Rivas excelle à filmer cette friction entre l'énoncé personnel et les cadres collectifs qui le déterminent. Son cinéma devient alors un lieu de circulation entre drama adolescent, chronique sexuelle et satire des hypocrisies morales.

Sa mise en scène cherche moins la provocation que la netteté. Elle sait que certaines scènes paraîtront scandaleuses à ceux qui défendent encore un ordre de pudeur très codé, mais elle ne les filme pas pour choquer mécaniquement. Elle les filme pour rétablir un équilibre de visibilité. Ce qui était jusque-là confiné à la faute, au secret ou au fantasme retrouve un droit de présence à l'écran. Cette stratégie donne à ses films une énergie directe, mais jamais simpliste. L'irrévérence chez Rivas ne sert pas à se protéger du sérieux. Elle sert à mieux l'attaquer.

On retrouve aussi chez elle un sens aigu du personnage féminin comme lieu de contradictions plutôt que comme symbole pur. Ses héroïnes ne sont ni héroïsées ni punies pour leur liberté. Elles avancent par essais, excès, retours, moments de lucidité et angles morts. Cette manière de refuser la pédagogie morale fait toute la valeur de son regard. Elle laisse de l'air aux personnages, donc de l'inquiétude au spectateur. Rien n'est résolu à l'avance.

Marialy Rivas compte parce qu'elle a compris très tôt qu'un film sur la jeunesse n'a aucune force s'il reproduit les oppositions toutes faites qu'il prétend critiquer. Son cinéma préfère les zones sales, les désirs contradictoires, les fidélités partielles, les insubordinations qui n'effacent pas immédiatement la honte. Cette précision affective lui permet de parler bien au-delà d'un contexte local. Elle filme un moment où l'intime cesse d'obéir, sans jamais croire pour autant que désobéir suffira à guérir ce que l'ordre moral a déjà imprimé dans les corps.