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Marco Novoa - director portrait

Marco Novoa

Marco Novoa travaille depuis une France urbaine où le genre se nourrit de tension sociale, de lieux de passage et de personnages qui avancent comme s'ils avaient déjà perdu une partie du monde. Ses deux crédits dans CaSTV suggèrent une horreur de proximité, moins attachée aux châteaux et aux brumes qu'aux appartements, aux rues, aux corps ordinaires. Le fantastique, quand il surgit, n'efface pas le réel. Il le rend plus dur.

Le cinéma français a longtemps eu du mal à accepter le genre sans le justifier par la théorie ou le prestige littéraire. Cette difficulté a produit des blocages, mais aussi des films singuliers, précisément parce qu'ils doivent négocier avec une tradition du réalisme, du discours, de la psychologie. Novoa semble appartenir à cette ligne où l'horreur ne renonce pas au monde social. Elle le pousse jusqu'à son point d'étrangeté.

On peut situer son travail près du thriller contemporain, surtout quand celui-ci devient une forme d'étouffement. Le thriller français, dans ses meilleures incarnations, sait filmer l'administration, la ville, le voisinage, la police, les transports, les bâtiments anonymes comme autant de machines à produire de la peur. La menace n'a pas besoin d'un visage mythologique. Elle peut prendre la forme d'une procédure, d'un retard, d'un regard dans le métro, d'une porte qui ne s'ouvre plus.

Novoa paraît aussi sensible au corps comme point de friction. Dans le genre français récent, le corps est rarement neutre. Il porte la classe, l'origine, le désir, la fatigue, la colère. L'horreur commence quand ce corps ne trouve plus d'espace où se déposer. Un personnage peut traverser une ville entière et rester enfermé. Cette contradiction moderne donne au récit une charge particulière: l'extérieur ne libère pas, il multiplie les angles d'exposition.

Les années 2020 ont intensifié ce rapport à l'espace urbain. Surveillance, précarité, isolement numérique, disparition des solidarités, violences diffuses: autant de matières que le genre peut absorber sans devenir un simple commentaire social. Le défi consiste à faire peur avec ces éléments, non à les énumérer. Novoa intéresse lorsqu'il transforme la réalité contemporaine en expérience sensorielle: bruit, fatigue, lumière artificielle, nuit blanche, couloir administratif.

Cette approche rejoint le film psychologique quand le monde extérieur commence à ressembler à l'état intérieur du personnage. Le risque est de tout réduire à une hallucination. La voie la plus forte consiste au contraire à maintenir le doute: est-ce le personnage qui se dérègle, ou la ville qui révèle sa vraie nature? Ce flottement donne au cinéma de Novoa un potentiel d'inquiétude durable.

Il faut aussi défendre la valeur des filmographies courtes. Deux crédits dans CaSTV ne sont pas une note de bas de page. Ils peuvent signaler une façon de prendre le genre au sérieux sans le monumentaliser. Le cinéma français de genre avance souvent par ces gestes latéraux, par des courts, des essais, des projets indépendants, des films qui testent une atmosphère avant de revendiquer une école. Novoa participe à cette écologie nécessaire.

Sa place dans la base tient à une idée forte: la peur française contemporaine n'est pas seulement patrimoniale. Elle ne vit pas uniquement dans les manoirs, les légendes rurales ou les traumatismes de province. Elle vit aussi dans les interphones, les parkings, les cages d'escalier, les écrans de téléphone, les couloirs d'hôpital, les pièces où l'on entend les voisins sans les connaître. Marco Novoa regarde cette modernité comme un espace déjà hanté. Il n'a pas besoin d'y ajouter beaucoup. Il suffit parfois de cadrer une porte fermée et d'attendre que la ville respire derrière.

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