Kourosh Mohammadi
Le crédit iranien de Kourosh Mohammadi place immédiatement son nom dans un cinéma où l'horreur doit souvent parler par détour, par pression morale, par silence qui en dit trop. L'Iran n'est pas un simple décor pour la peur. C'est un espace cinématographique où le non-dit a une longue discipline, où la contrainte peut devenir forme, où le réel social possède déjà une puissance d'étouffement presque fantastique.
Le cinéma iranien a une tradition majeure de précision quotidienne: des maisons, des rues, des conversations, des gestes simples qui révèlent des systèmes entiers. Lorsqu'une telle tradition rencontre le cinéma d'horreur, elle n'a pas besoin de surcharger l'image. La peur peut naître d'une porte qui ne devrait pas être fermée, d'un enfant qui sait quelque chose, d'une règle familiale dont personne n'explique l'origine. Le surnaturel y devient souvent moins spectaculaire que moralement nécessaire.
Kourosh Mohammadi apparaît avec un seul crédit, mais ce seul crédit suffit à évoquer une zone très riche du genre. L'horreur iranienne, qu'elle soit produite en Iran ou par des diasporas, a souvent travaillé la culpabilité, le deuil, le contrôle du corps, la surveillance sociale. Elle sait que la possession peut ressembler à une norme trop forte. Elle sait aussi que les fantômes les plus efficaces ne flottent pas toujours dans les couloirs. Ils se logent dans les obligations, dans les regards, dans les phrases que l'on ne prononce pas devant les anciens.
Depuis les années 2010, plusieurs films liés à l'imaginaire iranien ont montré combien le genre pouvait accueillir l'exil, la guerre, la maternité, la claustration, sans perdre sa force de terreur. Cette voie n'est pas seulement thématique. Elle est formelle. Elle privilégie les espaces comprimés, les cadres qui semblent retenir leur souffle, les sons qui rendent l'appartement plus vaste et plus menaçant qu'il ne devrait l'être. Mohammadi s'inscrit, par son origine indiquée, dans cette possibilité de tension.
Il faut éviter de faire d'un réalisateur à crédit unique le représentant total d'une nation. Mais il faut aussi reconnaître ce qu'une inscription iranienne apporte à la carte de CaSTV. Elle rappelle que l'horreur mondiale ne progresse pas seulement par accumulation de monstres, mais par déplacement des régimes de peur. Dans certains cinémas, la question n'est pas "qu'est-ce qui attaque?", mais "qu'est-ce qui empêche de dire que l'attaque a déjà commencé?" Cette nuance change tout.
Le nom Kourosh Mohammadi porte ainsi une promesse de gravité intime. On imagine une peur qui passe par la famille, par la honte, par l'autorité domestique, par la difficulté de distinguer protection et enfermement. Ce sont des matières que le genre travaille avec une cruauté particulière, parce qu'elles touchent à ce qui devrait rassurer. La maison, la mère, la tradition, le voisinage: autant d'abris qui peuvent devenir appareils de contrainte.
CaSTV conserve Mohammadi comme une présence discrète mais essentielle dans la mosaïque de l'horreur contemporaine. Son crédit iranien ouvre un corridor vers un cinéma de la retenue, où chaque plan peut être doublé par ce qu'il ne peut pas montrer. C'est précisément là que la peur devient durable: dans l'écart entre l'image visible et la phrase interdite.
