Kaizo Hayashi
Avec Zipang, Kaizo Hayashi donne immédiatement le ton : un cinéma japonais qui ne traite pas l'histoire, le fantastique et l'action comme des compartiments séparés, mais comme des intensités appelées à se contaminer. Dans le Japon des Années 1990, cette manière d'assumer la stylisation, la vitesse et la dérive temporelle place Hayashi dans une zone très singulière. Il ne cherche ni le classicisme patrimonial ni la modernité froide. Il préfère un cinéma de collision, d'énergie et de surfaces instables.
Hayashi appartient à cette génération qui a compris que les genres japonais pouvaient être relancés non par fidélité muséale, mais par surcharge, hybridation et déplacement. Zipang joue avec le film de sabre, la science-fiction, le cauchemar historique et le spectacle d'aventure, tout en conservant une vraie cohérence de fièvre. Le passé n'y est pas un décor fixe. Il devient un champ magnétique où les temporalités se croisent, où la violence ancienne rencontre des sensibilités contemporaines. Cette friction donne au film son courant très particulier.
Dans The Most Terrible Time in My Life, Hayashi explore un autre versant de son univers, plus proche du néo polar et du cinéma de détective, mais toujours marqué par le goût du décalage. Il aime les récits qui avancent comme en état d'ébriété légère, guidés à la fois par des codes très identifiables et par une volonté constante de les désaxer. Cette qualité le rend proche de certains grands joueurs du genre japonais, tout en lui donnant une saveur propre, plus pop, plus libre dans son rapport au ton.
Le plus remarquable chez Hayashi est sans doute son sens de la stylisation comme moteur narratif. Chez lui, la couleur, le rythme, le cadrage, la texture des décors ne viennent pas seulement embellir une intrigue. Ils la poussent, la déplacent, lui donnent une gravité ou une légèreté imprévue. Cette confiance dans la forme l'inscrit à la lisière du fantasy et du crime, là où les règles du récit populaire peuvent encore servir de matière à invention plutôt que de simple protocole.
On pourrait considérer sa filmographie comme inégale, et le constat n'aurait rien d'injuste. Mais cette inégalité fait partie du risque qu'il accepte. Hayashi ne se contente pas d'exécuter proprement une promesse de genre. Il pousse les motifs, tente des mélanges, cherche une pulsation qui n'appartienne qu'à lui. Même lorsqu'un film déborde ou se disperse, il reste porteur d'une vraie proposition de cinéma.
Pour CaSTV, Kaizo Hayashi est précieux parce qu'il rappelle combien le fantastique japonais peut exister hors des canons les plus immédiatement exportables. Son oeuvre ne mise pas uniquement sur l'épouvante ni sur la pure abstraction. Elle travaille plutôt l'entre deux : temporalités fissurées, genres poreux, héroïsmes fragiles, histoires prises dans des courants plus grands qu'elles. C'est un cinéma qui avance par intensification de la forme, et qui trouve dans cette intensification une manière très directe de faire sentir l'instabilité du monde.
