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Juan Aguirre Gómez - director portrait

Juan Aguirre Gómez

Juan Aguirre Gómez arrive depuis la Colombie, et cette origine suffit à déplacer l'horreur loin des couloirs standardisés du genre international. Le cinéma colombien porte une relation brûlante au territoire: montagnes, jungle, villes inquiètes, violences enfouies, mémoires familiales que personne ne parvient à neutraliser. Même lorsqu'aucun crédit actif ne le rattache encore au catalogue, son nom ouvre une porte vers un fantastique où la peur n'est jamais seulement privée.

La Colombie a longtemps été lue au cinéma par le prisme du conflit, du crime, de l'inégalité. L'horreur permet de retravailler cette matière sans la réduire au réalisme social. Elle peut faire sentir la persistance des disparus, la présence des terres volées, l'épuisement des familles qui vivent avec des secrets plus lourds que les murs. Aguirre Gómez, comme réalisateur colombien inscrit dans une base d'horreur, appartient à cette possibilité: transformer l'histoire en atmosphère, sans l'affadir.

Le cinéma colombien possède une force particulière quand il filme les espaces périphériques. Les routes isolées, les maisons rurales, les quartiers en pente, les forêts humides ne sont pas de simples décors. Ils sont des archives physiques. Dans l'horreur, cette archive devient active. Elle accuse, elle attire, elle réclame. Le personnage croit traverser un lieu, mais c'est le lieu qui le traverse. Voilà un terrain fertile pour un cinéaste dont la trace demeure encore ouverte.

Le lien avec le folk horror peut se faire par la communauté et le rite, mais il faut éviter l'exotisme facile. Le folk horror latino-américain ne se résume pas à des croyances pittoresques. Il parle de rapports de pouvoir, de terres marquées, de catholicisme mêlé à des pratiques plus anciennes, de familles qui maintiennent des règles pour survivre ou pour cacher un crime. Dans ce cadre, la peur a une dimension collective. Elle n'appartient jamais seulement à celui qui la ressent.

Aguirre Gómez intéresse aussi parce que son absence de crédits visibles oblige à penser l'amont du film. Un réalisateur peut exister dans un réseau de courts, d'ateliers, de festivals locaux, de projets en cours, de films non encore entrés dans une collection. Les catalogues, même sérieux, ne captent pas tout. Ils enregistrent des moments. Pour CaSTV, conserver ce nom, c'est accepter que l'histoire du genre se fabrique aussi à partir de ces points encore peu documentés.

Dans les années 2020, l'horreur latino-américaine a trouvé une audience nouvelle parce qu'elle refuse souvent la séparation entre politique et surnaturel. Les fantômes y ont des raisons. Les malédictions ont une économie. Les monstres surgissent d'un ordre social déjà monstrueux. Un cinéaste colombien qui travaille dans cette zone peut faire de la peur non un détour, mais un instrument de lucidité. Le spectateur ne sort pas du réel: il y entre par une porte plus sombre.

La question esthétique devient alors décisive. Comment filmer la chaleur sans folklore publicitaire? Comment faire entendre la violence sans l'illustrer lourdement? Comment préserver le mystère sans transformer les croyances locales en accessoires? Un nom comme Juan Aguirre Gómez appelle précisément ce type d'exigence. Le cinéma de genre colombien vaut quand il sait que le silence d'un paysage peut être plus cruel qu'un effet sonore, et qu'un visage qui se ferme peut contenir tout un passé.

Sa fiche n'est donc pas une conclusion. C'est un point d'entrée. Aguirre Gómez représente une promesse colombienne du cinéma d'horreur: une peur liée à la terre, aux familles, aux communautés, aux souvenirs qui ne se laissent pas pacifier. Même sans film catalogué à ce stade, son nom a sa place dans une cartographie des présences à surveiller. Le genre commence souvent ainsi, par une inscription modeste, puis par une image qui refuse de quitter la tête.

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