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Duban Pinzon

Chez Duban Pinzon, la Colombie n'est pas une toile de fond pittoresque, mais un territoire travaillé par des couches de violence, de croyance et de mémoire qui altèrent la perception même du présent. C'est un point d'entrée décisif. Son cinéma donne souvent l'impression que le réel local ne peut plus être filmé innocemment, comme si chaque lieu portait déjà trop d'histoires contradictoires pour se laisser réduire à une simple fonction narrative. Le fantastique, dès lors, n'arrive pas de l'extérieur. Il surgit d'une matière historique saturée.

Pinzon semble particulièrement attentif à cette contamination des espaces. Les décors ne servent pas seulement à situer une action. Ils déterminent une pression morale, une densité de passé, parfois une forme de menace sourde. C'est une qualité précieuse dans le cinéma contemporain de genre, qui oublie souvent à quel point le lieu est un personnage. Chez lui, un paysage, une maison, une périphérie urbaine ou un coin de campagne peuvent retenir plus de tension qu'une scène de démonstration spectaculaire.

Cette relation au territoire rapproche naturellement son œuvre d'une variante latino-américaine du Folk Horror, même si elle ne passe pas toujours par les signes classiques du rite ou de la secte. Ce qui compte, c'est l'idée qu'une communauté, un espace et un passé partagent des règles implicites que le film se charge de révéler. Pinzon paraît comprendre que la peur la plus féconde naît lorsque le protagoniste découvre qu'il entre dans un monde déjà organisé par une logique qu'il ne maîtrise pas. Le surnaturel devient alors la forme visible d'un ordre plus ancien.

Dans les Années 2010 et Années 2020, cette manière d'articuler histoire locale et trouble sensible a donné certains des films les plus intéressants du genre venu d'Amérique latine. Pinzon s'inscrit dans cette famille sans céder ni à l'exotisme ni à la leçon. Il ne transforme pas la culture filmée en stock de motifs décoratifs. Il cherche au contraire comment une tension historique devient climat, puis image, puis menace. C'est une opération de mise en scène plus exigeante qu'il n'y paraît.

Son rapport à l'Horreur paraît ainsi moins fondé sur l'effet que sur l'imprégnation. Le malaise s'installe, sédimente, finit par modifier la lecture de tout ce qui l'entoure. Un geste banal devient suspect. Un silence collectif pèse comme une connivence. Un paysage cesse d'être ouvert et devient le signe d'une surveillance plus vaste. Cette économie du trouble demande de la retenue, et c'est précisément cette retenue qui donne de la force à ses films.

Dans un cadre festivalier, il n'est pas difficile d'imaginer un tel travail circuler à Fantasia ou Sitges, là où les formes de genre capables de porter un imaginaire territorial fort trouvent encore une écoute attentive. Pinzon n'est pas un styliste du vacarme. Il travaille plus profondément, à l'endroit où le politique, le spirituel et le sensoriel cessent de pouvoir être séparés proprement.

Duban Pinzon mérite ainsi d'être vu comme un cinéaste de la mémoire contaminée. Son œuvre rappelle que certains territoires ne se contentent pas d'abriter des histoires. Ils les retiennent, les déforment et les restituent sous forme de menace. Le fantastique, chez lui, n'est pas une parenthèse. C'est la manière la plus honnête de filmer un réel déjà hanté.

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