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Johan Vandewoestijne - director portrait

Johan Vandewoestijne

Johan Vandewoestijne vient d'une tradition belge et flamande où le cinéma d'exploitation a souvent survécu par entêtement plus que par infrastructure. C'est par là qu'il faut commencer. Son travail porte la marque de cette obstination artisanale, mélange de débrouille, d'appétit pour le sensationnel et de fidélité sans complexe aux formes populaires. Ce qui pourrait n'être qu'une note de production devient chez lui une véritable position esthétique. Vandewoestijne filme comme quelqu'un qui sait que l'excès, même fabriqué avec peu, peut encore produire du cinéma vivant.

Le mot important ici est excès. Non pas un excès théorique, mais un excès concret de violence, de couleur, de tonalité, parfois de mauvais goût assumé. Dans le champ du cinéma d'horreur, cette franchise compte énormément. Elle distingue les auteurs qui subissent les limites de ceux qui s'en servent pour pousser plus loin une logique de série B. Vandewoestijne appartient clairement à la seconde famille. Il ne cherche pas à maquiller la rugosité de ses moyens. Il l'intègre à une vision du genre où l'énergie prime sur la correction.

Cette énergie n'exclut pas le savoir-faire. Au contraire, elle suppose une compréhension assez fine de ce que le public attend d'un objet bis: un monde immédiatement lisible, un imaginaire appuyé, des situations qui n'ont pas peur d'aller trop loin. Son cinéma sait proposer cela sans tomber tout à fait dans la simple inertie du produit dérivé. Il y a chez lui un plaisir de fabrication qui se transmet à l'écran. On sent un auteur qui aime la monstruosité artisanale, les textures chargées, la mécanique directe du choc.

Cette place est particulièrement intéressante dans le contexte de la Belgique, territoire souvent moins identifié que d'autres lorsqu'on raconte l'histoire européenne du fantastique populaire. Vandewoestijne rappelle qu'il existe aussi là un sous-sol du genre, moins institutionnalisé, plus inégal, mais souvent plus libre. Cette liberté a un coût, bien sûr. Elle produit parfois des films désordonnés, imprudents, excessifs jusqu'à la maladresse. Mais elle permet aussi des surgissements qu'un système plus policé étoufferait.

Dans les années 1990 puis les années 2000, au moment où le marché vidéo et la circulation culte redéfinissaient les hiérarchies, Vandewoestijne a occupé une place que l'on aurait tort de juger secondaire. Les cinéastes de cette zone ne renouvellent pas toujours le langage du cinéma au sens universitaire du terme. Ils maintiennent autre chose de tout aussi précieux: une vitalité des marges, une disponibilité au mauvais esprit, une fidélité au plaisir physique du genre.

Son travail trouve ainsi un public naturel dans les cadres de festival ou de programmation consacrés aux curiosités bis et aux survivances de l'exploitation européenne. On ne s'y rend pas pour admirer une pure maîtrise classique. On s'y rend pour retrouver ce que le cinéma populaire a parfois de plus indocile. Vandewoestijne appartient à ces auteurs qui rappellent qu'un film peut être gauche et pourtant intensément mémorable, précisément parce qu'il ne renonce jamais à son goût du trop.

Il faut défendre cette position sans condescendance. Le bis n'est pas intéressant uniquement comme accident kitsch bon pour les collectionneurs. Il l'est aussi comme réserve d'images, de rythmes et de libertés que le cinéma dominant a souvent perdues. Johan Vandewoestijne travaille dans cette réserve. Il en assume les aspérités, les risques et les bonheurs.

C'est pourquoi son nom compte dans la cartographie du genre. Il rappelle qu'en dehors des centres industriels et des légitimations critiques, il existe tout un continent de films tenus par la passion brute de faire exister des monstres, du sang, des cauchemars et de l'outrance. Cette passion, lorsqu'elle traverse un auteur assez obstiné pour la suivre jusqu'au bout, devient déjà une forme de style.

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