Javier Lozano
Javier Lozano s'inscrit dans une Espagne de pierre chaude, de villages serrés, de familles qui savent trop bien ce qu'il faut taire. Même sans crédit actif dans le catalogue, son nom appelle une horreur de la proximité, où le danger ne vient pas d'un ailleurs exotique, mais de la communauté elle-même, de sa mémoire, de ses règles et de son goût ancien pour le secret.
L'Espagne a donné au genre un rapport très fort à la maison. Pas la maison comme simple décor hanté, mais comme archive. On y trouve les guerres tues, les héritages religieux, les violences de l'enfance, les photos qui regardent encore, les chambres que l'on n'ouvre jamais. Lozano peut être lu dans cette tradition où la demeure conserve mieux que les personnages ce qui s'est réellement passé.
Le film de fantômes espagnol a rarement besoin de limiter ses fantômes aux morts visibles. Le fantôme peut être une version officielle de l'histoire, un mensonge familial, une promesse jamais tenue. Il hante parce qu'il organise encore le présent. Chez un réalisateur comme Lozano, la peur pourrait naître d'un retour au pays, d'une visite à un parent, d'une succession, d'un objet retrouvé. Rien de spectaculaire au départ. Puis le passé commence à se comporter comme un occupant légitime.
Cette manière de faire rejoint aussi le folk horror, surtout lorsqu'elle déplace le regard vers le village, les fêtes locales, les rites, les saints, les légendes que l'on raconte aux enfants pour qu'ils ne posent pas de questions plus sérieuses. Le folk horror espagnol n'a pas besoin de singer les modèles britanniques. Il possède ses propres formes: processions, chapelles, chemins de montagne, repas collectifs, peur de la honte publique. La communauté devient le monstre le plus plausible.
Lozano intéresse par la possibilité d'un cinéma de la contrainte sociale. Les personnages ne sont pas seulement menacés par une force surnaturelle. Ils sont surveillés par le regard des autres, par la mémoire du lieu, par les obligations de parenté. Dans ce système, la vérité n'est pas libératrice. Elle peut détruire le peu d'ordre qui permettait encore à tout le monde de rester à table. L'horreur commence quand l'on comprend que le silence était une technologie de survie.
Il y a là une parenté avec l'horreur psychologique, mais la psyché reste collective. La folie éventuelle d'un personnage n'est pas une île. Elle est produite par un environnement qui répète la même injonction depuis des années: ne vois pas, ne dis pas, ne reviens pas sur ce qui a été décidé. La mise en scène peut alors devenir très sèche. Un regard de voisin, une porte qui se ferme, une cloche au loin suffisent à établir la menace.
Pour CaSTV, Javier Lozano désigne une entrée vers une horreur espagnole de l'héritage. Son cinéma, tel qu'on peut le situer, ne chercherait pas d'abord à surprendre par un monstre inédit. Il demanderait plutôt pourquoi certaines familles tiennent debout, et quel cadavre symbolique soutient leurs murs. Dans ce type de film, le retour au village n'est jamais un retour aux sources. C'est une convocation.
