Henry Cass
Si le nom d'Henry Cass revient encore aujourd'hui dans une conversation de cinéma de genre, c'est d'abord grâce à Blood of the Vampire en 1958. Le titre promet un film de vampire classique, puis bifurque vers quelque chose de plus sale, plus clinique, presque carcéral. C'est une excellente porte d'entrée pour comprendre Cass: un metteur en scène britannique capable de travailler dans les cadres du petit studio, du programme double et du film rapide, tout en y glissant assez de violence visuelle et de cruauté morale pour que l'objet tienne encore debout. Sur CaSTV, sa place se joue là, entre Vampire, Gothic Horror et les zones plus sèches du Thriller.
Cass n'est pas arrivé au cinéma par le seul genre. Avant cela, il a été acteur, puis metteur en scène de théâtre, notamment à l'Old Vic dans les années 1930. Cette formation se sent dans sa manière d'installer une scène vite, de faire exister les rapports entre les personnages par la position des corps et l'efficacité du dialogue. Ce n'est pas un cinéaste baroque ni un grand formaliste à la anglaise. Il travaille plutôt dans une logique de métier, avec ce que l'industrie britannique de l'après-guerre savait produire de plus utile: des films solides, nerveux, capables de passer d'une comédie à un drame noir, puis à l'horreur sans perdre le sens de la mécanique.
Le détour par Last Holiday en 1950 est important. Le film avec Alec Guinness n'appartient pas à l'horreur, mais il montre un Cass attentif au malaise derrière la politesse sociale, à la fragilité d'un homme ordinaire face à sa propre fin. Cet intérêt pour la pression psychologique réapparaît ailleurs, y compris quand il aborde plus franchement le cinéma de genre. On peut le sentir dans Bond of Fear ou dans High Terrace, où la tension naît moins d'un coup d'éclat que d'un resserrement progressif. À cet endroit, Cass appartient pleinement à une tradition de Royaume-Uni où le suspense vient autant des décors sociaux que de l'événement dramatique lui-même.
Mais c'est évidemment Blood of the Vampire qui concentre le mieux sa réputation. Le film arrive à un moment où le cinéma britannique cherche encore comment répondre au prestige de la Hammer sans simplement l'imiter. Cass prend le chemin le plus intelligent: il garde le costume d'époque, les cachots, les scalpels, les transfusions, mais déplace le centre du film du surnaturel vers l'expérimentation humaine. Le monstre n'est pas un revenant romantique. C'est un savant sadique, un corps d'autorité qui transforme l'espace médical en machine à torture. Le résultat fait le pont entre Gothic Horror et une cruauté presque pré-Body Horror, même si le terme viendra plus tard.
Deux ans après, The Hand confirme que Cass sait aussi faire tenir l'angoisse dans un format plus modeste encore. Le point de départ est presque pulp dans sa simplicité: des mutilations, une vengeance, un Londres d'après-guerre où le passé revient sous une forme physique. Là encore, il ne cherche pas la sophistication ostentatoire. Il avance par découpage net, par montée de suspicion, par petites secousses. Le film se situe quelque part entre le film criminel, le récit de revanche et l'horreur compacte. Pour un cinéaste souvent rangé parmi les artisans secondaires, cette capacité à maintenir une ligne de tension avec peu de moyens n'a rien de négligeable.
Il faut d'ailleurs lire sa carrière à travers cette économie de production. Cass n'est pas un auteur sanctifié par les grandes histoires officielles du cinéma britannique. Il appartient plutôt à la zone des travailleurs fiables, de ceux qui tenaient la charpente de l'industrie. C'est précisément pour cela qu'il mérite d'être revu. Les filmographies de ce type racontent comment le genre circule vraiment: non seulement par quelques chefs-d'œuvre canonisés, mais aussi par une masse de films intermédiaires, produits vite, distribués largement, qui fixent une ambiance et une grammaire populaire. Les 1950s et les 1960s britanniques se comprennent aussi à partir de ces trajectoires-là.
Chez Cass, le meilleur n'est peut-être pas la signature immédiatement reconnaissable, mais l'aptitude à faire passer le malaise avant le prestige. Ses films n'ont pas la flamboyance d'un Terence Fisher ni la sauvagerie d'un Michael Reeves. En revanche, ils ont souvent quelque chose de plus terre à terre, ce qui les rend parfois plus rêches. Une prison, un laboratoire, une chambre, une rue londonienne, un homme acculé: il sait ce qu'il faut pour que le décor commence à peser. Cette sécheresse de mise en scène sert bien le Thriller et explique aussi pourquoi certaines de ses œuvres gardent un parfum de série B digne, sans graisse inutile.
Revenir à Henry Cass aujourd'hui, c'est donc revenir à une couche essentielle du cinéma de genre britannique. Pas la plus prestigieuse, pas la plus citée, mais une couche active, concrète, industrielle, où l'horreur et le suspense se construisaient à la chaîne sans renoncer tout à fait à une idée de style. Blood of the Vampire reste le sommet le plus évident. The Hand et les thrillers voisins montrent le reste du relief. Ensemble, ils dessinent le portrait d'un cinéaste de métier qui a su donner au fantastique britannique une rudesse discrète, mais durable.
Filmographie
