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Donald Cammell - director portrait

Donald Cammell

Avec Performance, Donald Cammell entre dans l'histoire du cinéma par une porte qu'il a lui-même contribué à incendier : celle d'un Londres où le crime, la célébrité, la sexualité et le psychédélisme cessent d'appartenir à des mondes séparés. Il faut partir de ce film, non parce qu'il écrase tout le reste, mais parce qu'il formule d'emblée le noyau de son œuvre. Chez Cammell, l'identité n'est jamais un centre stable. C'est un dispositif perméable, manipulable, menacé par le désir, le spectacle et la violence.

Cette intuition suffit à distinguer son cinéma d'une grande partie de la production britannique des Années 1970. Là où d'autres observaient la contre-culture ou l'excès avec distance, Cammell choisit l'immersion. Le montage, le son, les performances, la circulation des regards, tout concourt à faire sentir un monde où les subjectivités se contaminent. Il ne s'agit pas seulement de raconter une métamorphose. Il s'agit de faire de la mise en scène elle-même une machine de dissolution. Le film pense avec ses propres dérèglements.

Né en Écosse, Cammell a toujours semblé plus proche des zones de fusion que des écoles bien définies. Son travail navigue entre le thriller, le film de gangsters, le psychédélisme, l'érotisme, parfois même la science-fiction, mais aucune catégorie n'épuise ce qu'il cherche. Ce qu'il filme, au fond, c'est le moment où une forme de pouvoir entre dans le corps, dans la voix, dans l'image de soi, et commence à la déplacer. On comprend dès lors pourquoi ses films continuent de fasciner les cinéphiles du genre autant que ceux du cinéma expérimental.

Il y a chez Cammell une relation très profonde à l'Horreur, même lorsque ses films ne relèvent pas strictement de cette case. Le monstre, chez lui, n'est pas nécessairement une créature. C'est une circulation. Une présence mentale, sexuelle ou médiatique qui vient désaxer le sujet. En ce sens, son cinéma anticipe beaucoup de formes contemporaines de Body Horror, non par exhibition anatomique, mais par intuition de la porosité identitaire. Le corps n'est plus un refuge. Il devient un poste de passage.

Cette pensée de la contamination explique également le caractère culte de ses films. Ils ne se contentent pas d'être singuliers. Ils semblent toujours menacer leur propre stabilité, comme si chaque scène pouvait s'ouvrir sur une autre fréquence, un autre régime de perception. Beaucoup d'œuvres psychédéliques ont vieilli en simples capsules d'époque. Cammell, lui, reste vif parce que son trouble n'est pas décoratif. Il est structurel. Il touche à quelque chose de durable dans la modernité : le fait que le moi puisse devenir un terrain occupé.

Sa circulation à travers des espaces critiques et festivaliers, de Cannes aux relectures cinéphiles contemporaines, dit bien cette puissance de réactivation. Cammell n'est pas seulement un nom culte pour collectionneurs de marges. C'est un cinéaste qui a compris très tôt que le spectacle moderne et la dépersonnalisation formaient déjà une alliance toxique. Il filme l'intimité comme une scène de capture.

Donald Cammell mérite ainsi d'être considéré comme un auteur de possession sans démon théologique. Ses films montrent comment les êtres se laissent habiter par le prestige, la violence, le fantasme, la célébrité, ou simplement par le regard des autres. Rien d'étonnant, alors, à ce qu'ils continuent de paraître dangereux. Ils n'offrent pas une sortie. Ils exposent une vérité beaucoup moins rassurante : l'identité peut être un rôle, et le rôle peut finir par manger celui qui le joue.

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