Caito Ortiz
Avec O Roubo da Taça, Caito Ortiz aborde un fait divers sportif comme une machine à fiction nationale, et c'est déjà une manière très précise de faire du cinéma. Ce qui l'intéresse n'est pas seulement l'événement en lui-même, mais le réseau de croyances, de fantasmes populaires et de récits concurrents qu'il met en branle. Ortiz vient largement du documentaire, et cela se voit dans son attention aux textures du réel. Mais il sait aussi qu'un pays se raconte à travers ses obsessions, ses mythes médiatiques, ses emballements collectifs. À ce titre, son travail rejoint indirectement le domaine du Culte.
Le Brésil occupe chez lui une place décisive. Non comme simple décor pittoresque, mais comme champ de forces contradictoires, traversé par le spectacle, l'inégalité, la ferveur et la violence symbolique. Ortiz regarde ce monde avec une curiosité qui ne se réduit ni à la célébration ni au cynisme. Il cherche comment une société performe sa propre image. Cette interrogation intéresse évidemment CaSTV, car tout cinéma du fantastique ou de l'horreur sait qu'une collectivité produit aussi ses monstres à travers ses récits les plus partagés.
Dans les Années 2000 puis les Années 2010, Ortiz apparaît comme un cinéaste sensible aux passages entre document, mémoire et spectacle. Son regard n'est pas celui d'un observateur froid. Il laisse affleurer les intensités populaires, les emballements, les légendes minuscules qui deviennent parfois plus vraies que les faits eux-mêmes. Cette qualité le distingue de bien des réalisateurs plus illustratifs. Il comprend qu'une image publique est toujours habitée par autre chose qu'elle-même : un désir collectif, une peur, une fiction latente.
Même lorsqu'il ne s'aventure pas frontalement sur le terrain de l'Horreur, Ortiz travaille donc une matière très proche de l'étrange social. Il sait qu'un pays peut être hanté par ses propres symboles, qu'un objet volé peut devenir un récit sans fin, qu'un événement médiatique peut révéler tout un théâtre d'identification et de projection. Cette dimension de hantise profane traverse son cinéma. Elle donne à ses films une portée supérieure à leur sujet immédiat.
Son sens du rythme joue également un rôle important. Ortiz ne traite pas l'information comme une ligne droite. Il préfère les retours, les refrains, les variations de point de vue. Cela permet à ses films de respirer tout en construisant une idée plus complexe du réel. L'archive, le témoignage, la reconstitution ou l'observation directe n'y sont pas des blocs séparés. Ils participent d'un même effort pour comprendre comment une société fabrique de la narration à partir de ses obsessions.
Il faut aussi souligner une forme de souplesse tonale. Ortiz peut faire place à l'ironie sans dissoudre le sérieux, et à la gravité sans écraser la vitalité des situations. Cette capacité à tenir plusieurs niveaux d'affect en même temps rend son cinéma vivant. Elle lui permet d'éviter deux pièges symétriques : la solennité patrimoniale et la désinvolture pop.
Pour CaSTV, Caito Ortiz représente ainsi une périphérie extrêmement fertile du cinéma de Genre. Son œuvre rappelle que les mythologies collectives, les objets fétiches et les récits nationaux ne sont jamais loin du fantastique. Il suffit qu'un cinéaste sache écouter ce que les passions publiques charrient de croyance, de projection et de trouble, et le réel commence déjà à se comporter comme une fiction hantée.
