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Brésil

3 632 films · 1 551 courts métrages · 42 réalisateurs · 16 festivals

L'horreur brésilienne possède quelque chose de frontal, de carnavalesque et de profondément impie à la fois. Elle accepte la pauvreté des moyens, l'excès du geste, le mélange du grotesque, du religieux et du politique. C'est un cinéma qui n'a pas besoin d'être lisse pour frapper juste.

Le grand point de départ reste At Midnight I'll Take Your Soul, où José Mojica Marins invente Coffin Joe, figure majeure du blasphème horrifique mondial. This Night I'll Possess Your Corpse prolonge cette violence anticléricale et visionnaire. Plus récemment, Good Manners montre comment le Brésil peut réinscrire le monstre dans la question de la classe, du soin et de la maternité, pendant que Bacurau travaille à la frontière du thriller et de l'horreur pour transformer la violence politique en mythe contemporain.

Autour de Mojica Marins, Juliana Rojas et Marco Dutra, l'horreur brésilienne prouve qu'elle ne se limite ni au culte ni au pastiche. Elle garde un rapport très vif à la religion, à la chair, au territoire et à la lutte sociale. C'est ce mélange qui la rend aussi singulière aujourd'hui.

Les pages pays permettent aussi de corriger un biais très courant dans l'histoire de l'horreur: quelques industries dominantes occupent tout l'espace critique, tandis que d'autres cinématographies sont réduites à une note de bas de page. Revenir à l'échelle nationale aide à défaire cette hiérarchie. On voit mieux comment la censure a modelé les formes possibles, comment les économies de production ont poussé vers la télévision, l'art et essai ou la série B, et comment des marchés régionaux ont favorisé certaines peurs plutôt que d'autres. Une page comme celle-ci reste donc ouverte, disponible pour de futures redécouvertes, au lieu d'enfermer le pays dans une poignée de références importées.

Il y a enfin un bénéfice très concret pour le spectateur. On arrive souvent sur une page pays avec une attente de genre déjà formée, puis on découvre que le corpus déplace cette attente. Un amateur d'occultisme peut tomber sur un cinéma davantage hanté par la mémoire collective que par le rituel; un lecteur venu pour le slasher peut trouver presque autre chose, par exemple une tradition de surnaturel allusif ou de violence politique. Ce déplacement fait la richesse de CaSTV. Il transforme la navigation géographique en lecture critique, et non en simple rangement de fiches.

On obtient ainsi une navigation plus juste, où le contexte national devient un outil d'interprétation plutôt qu'un simple drapeau ajouté après coup.