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Ben Hohener - director portrait

Ben Hohener

Chez Ben Hohener, le cinéma de genre canadien retrouve une qualité qu'on lui connaît bien quand il est en forme : la capacité de rendre l'espace social légèrement hostile sans avoir besoin d'en rajouter. Ses films semblent partir d'un monde déjà reconnaissable, puis ils y creusent une ligne de faille. C'est là, dans ce léger déplacement, que s'installe son intérêt. Hohener n'appartient pas au camp des démonstrateurs. Il préfère les récits qui avancent avec une certaine retenue, mais laissent derrière eux une impression de malaise durable. Cette économie expressive l'inscrit naturellement dans la tradition du cinéma canadien indépendant, notamment telle qu'elle se reformule dans les années 2010.

Le contexte canadien compte ici parce qu'il donne souvent au genre une tonalité particulière. Le fantastique et l'horreur y passent volontiers par l'isolement, la gêne relationnelle, la sensation que les affects circulent mal dans des environnements pourtant familiers. Hohener hérite de cette sensibilité, mais il la tire vers un cinéma plus resserré, plus directement attaché aux points de rupture émotionnels. Ce qui intéresse ses films, ce n'est pas seulement la menace extérieure. C'est le moment où une relation, une mémoire ou une image de soi cessent de tenir.

Dans cette perspective, la mise en scène a une fonction décisive. Hohener ne semble pas chercher l'ornement. Il cherche la justesse du cadrage, la durée qui laisse apparaître une fissure, le détail qui décale tout un bloc de réalité. Le genre devient alors un instrument de lecture plutôt qu'un costume. Un motif d'horreur, un élément de suspense, une poussée de fantastique servent à révéler la vulnérabilité d'un milieu humain. Cette approche a le mérite d'éviter le cynisme. Les films ne se contentent pas de manipuler le spectateur, ils observent des fragilités concrètes.

On peut parler chez lui d'une poétique de la proximité inquiète. Les situations ne reposent pas nécessairement sur des dispositifs énormes. Elles gagnent en intensité parce qu'on sent les personnages pris de trop près par quelque chose qu'ils ne savent pas nommer à temps. Cette échelle humaine est importante. Elle fait de Hohener un cinéaste pour qui le genre demeure d'abord une affaire de perception et de rapport aux autres, pas un simple jeu d'effets.

Le meilleur de ce cinéma tient aussi à son refus de trop expliciter. Beaucoup d'œuvres contemporaines expliquent leur propre sous-texte avec une insistance qui finit par les rétrécir. Hohener paraît plus souple. Il laisse de l'air autour des situations, ce qui permet aux tensions de résonner au-delà de leur fonction narrative immédiate. Le spectateur n'est pas seulement invité à suivre un récit, mais à habiter une zone de trouble. C'est là que la mise en scène prend tout son poids.

Dans les années 2020, alors que l'étiquette "elevated horror" a souvent servi à uniformiser des propositions pourtant différentes, Ben Hohener rappelle qu'un cinéma de genre ambitieux peut rester discret, précis, presque latéral. L'ambition n'est pas dans l'affichage conceptuel. Elle est dans la manière de traiter chaque scène comme un terrain de pression entre visible et invisible, entre parole et retrait.

Sa place dans CaSTV est donc celle d'un cinéaste qui travaille les seuils. Seuil entre quotidien et dérèglement, entre intimité et menace, entre réalisme social et contamination imaginaire. Le genre, chez lui, ne vient pas rompre le monde. Il révèle que le monde était déjà moins stable qu'on voulait le croire. C'est une nuance essentielle, et c'est souvent d'elle que naissent les films les plus tenaces.

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