Alfonso Corona Blake
S'il fallait une seule porte d'entrée, ce serait The Witch's Mirror, joyau tordu du fantastique mexicain du début des années 1960. Avec Alfonso Corona Blake, la vengeance surnaturelle ne relève pas du pur effet. Elle naît d'un monde domestique déjà corrompu, traversé par le meurtre, l'adultère, la cupidité et la croyance. Son cinéma aime les rituels, les malédictions, les apparitions, mais il les inscrit dans une texture mélodramatique très concrète. Le surnaturel n'arrive pas d'ailleurs : il cristallise des crimes que la respectabilité voudrait enterrer.
Corona Blake occupe une place singulière dans le cinéma de genre mexicain. Il n'a pas la renommée internationale écrasante de certains voisins de catalogue, pourtant il appartient à cette génération qui a compris que l'horreur pouvait dialoguer avec les traditions locales sans perdre son efficacité populaire. Son fantastique ne copie pas simplement les modèles gothiques européens ou les monstres hollywoodiens. Il les réinterprète à travers des décors, des croyances et des rythmes narratifs où la famille, le catholicisme culturel et la violence de l'intime pèsent lourd.
Dans The Witch's Mirror, comme dans d'autres titres marqués par le macabre, ce qui impressionne est l'alliance du morbide et du mélodramatique. Le film avance à la fois comme conte de vengeance, comme drame conjugal et comme cérémonie visuelle. Les miroirs, les visages, les intérieurs chargés, les gestes de consultation ésotérique composent un monde de reflets et de retours du refoulé. Corona Blake sait que le fantastique fonctionne mieux lorsque l'espace quotidien est déjà devenu suspect. Une maison n'est jamais seulement une maison. C'est un piège affectif, un théâtre de surveillance, parfois un tombeau avant l'heure.
Il faut aussi reconnaître son sens du dosage. Là où beaucoup de films de genre s'épuisent à tout montrer, Corona Blake laisse souvent la suggestion travailler. Un regard trop insistant, un objet qui revient, une image mentale, une texture d'ombre suffisent à faire basculer la scène. Cette retenue relative ne diminue pas l'étrangeté. Elle la rend plus insidieuse. Le spectateur est pris non par la démonstration, mais par l'impression que la logique ordinaire du monde s'est fissurée et qu'aucun personnage n'est assez innocent pour la restaurer.
Le rapport à la morale est central. Le cinéma de Corona Blake punit, bien sûr, comme beaucoup de récits fantastiques classiques. Mais il le fait d'une manière ambiguë. Les coupables paient, les revenants réclament, les forces occultes rééquilibrent parfois le désordre. Pourtant le plaisir du film ne tient pas à une justice sereine. Il tient à la contamination du cadre par le désir de revanche. En ce sens, son œuvre regarde souvent du côté du film d'horreur autant que du mélodrame noir.
Cette hybridation explique sa persistance. Revoir Corona Blake aujourd'hui, c'est rencontrer un cinéma qui croit encore à la puissance artisanale des images : un trucage bien placé, un décor chargé, un montage qui sait attendre une seconde de trop. Rien n'y est cynique. Le film veut fasciner, inquiéter, parfois choquer, mais il le fait en prenant au sérieux ses propres croyances de fiction.
Alfonso Corona Blake mérite ainsi d'être replacé au centre de l'histoire du fantastique latino-américain. Non comme une simple curiosité de cinémathèque, mais comme un metteur en scène qui a compris que l'horreur la plus durable naît souvent d'un foyer déjà pourri de l'intérieur. Chez lui, la sorcellerie et le crime conjugal parlent la même langue. Et cette langue, faite de désir, de culpabilité et d'image empoisonnée, continue de mordre longtemps après le générique.
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