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Zoe Berriatúa - director portrait

Zoe Berriatúa

Chez Zoe Berriatúa, l'Espagne n'est jamais loin, mais elle arrive moins comme drapeau que comme tradition d'excès stylisé, de théâtralité inquiète et de goût pour les figures ambiguës. Le parcours d'acteur compte ici, parce qu'il informe directement la mise en scène. On sent chez lui une connaissance très physique de la pose, du masque, de la fragilité qu'il peut y avoir dans une présence trop nettement composée. Ses films regardent les êtres comme des apparitions en lutte avec leur propre rôle.

Ce point est décisif pour comprendre sa relation au fantastique et à l'horreur. Berriatúa ne traite pas le genre comme un simple réservoir d'effets. Il l'aborde par le biais de la métamorphose, de la représentation, de la déformation du désir. Le trouble ne vient pas seulement d'une menace extérieure, mais du fait qu'un personnage puisse devenir opaque à lui-même. D'où cette importance du visage, de la voix, du costume, de tout ce qui fait tenir une identité à la fois comme promesse et comme mensonge.

Dans le cinéma espagnol, cette sensibilité n'est pas sans histoire. Des traditions gothiques aux formes plus baroques du fantastique contemporain, l'Espagne a souvent produit des oeuvres où l'inquiétude passe par l'artifice assumé. Berriatúa s'inscrit dans cette lignée, mais il y ajoute quelque chose de plus fragile, de plus affectivement instable. Le style n'y sert pas à protéger le film derrière une belle surface. Il fonctionne comme révélateur de faille. Plus la forme paraît tenue, plus elle laisse pressentir une rupture imminente.

Il faut également noter son goût pour les atmosphères qui semblent légèrement hors du temps. Sans être des pastiches, ses films savent convoquer des régimes de sensation qui ne se réduisent pas à l'actualité immédiate. Cela leur donne une densité particulière dans le paysage des années 2010 et des années 2020, souvent dominé par le naturalisme nerveux ou l'horreur à concept. Berriatúa choisit une autre voie : celle du trouble stylisé, de l'émotion décalée, de la beauté qui se met à mal fonctionner.

Cette voie demande de la précision. Un faux pas, et l'ensemble deviendrait pose. Mais ce qui sauve son cinéma, c'est la manière dont il fait revenir le corps à l'intérieur du décor. Le corps souffre, hésite, se raidit, se désire lui-même ou se rejette. Rien n'est pure illustration. Même quand le cadre ou l'éclairage semblent rechercher une intensité plastique forte, ils restent liés à une expérience sensible. Le résultat est un cinéma qui garde une pulsation intérieure très nette.

Le rapport au récit mérite aussi attention. Berriatúa ne paraît pas fasciné par la machine dramatique pure. Il préfère souvent les cheminements plus obliques, les glissements, les correspondances, les scènes où l'on comprend moins une information qu'un état. Cela peut désarçonner un spectateur venu chercher une efficacité immédiate. Mais c'est précisément cette obliquité qui donne aux films leur saveur. Ils ne consomment pas le mystère. Ils lui laissent une durée.

Dans le cadre de CaSTV, Zoe Berriatúa compte parce qu'il rappelle qu'un cinéma de genre peut encore être élégamment troublé, sensuel sans complaisance, théâtral sans rigidité. Son travail se situe à un point où l'acteur et le metteur en scène se nourrissent mutuellement pour produire des images qui paraissent toujours légèrement possédées par leur propre désir de forme. C'est un cinéma qui connaît la valeur du masque, mais qui ne l'aime vraiment qu'au moment où il se fissure.

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