Xavier Pijuan Sala
Xavier Pijuan Sala arrive avec une signature catalane qui place son cinéma possible dans un espace de langue, de territoire et de mémoire fortement marqué. Ses deux crédits au catalogue CaSTV ne forment pas une œuvre massive, mais ils ouvrent une piste vers un fantastique méditerranéen où les villages, les familles et les rites locaux peuvent devenir des machines à malaise. Dans ce contexte, l'horreur n'a pas besoin d'un château. Une fête, une route de montagne ou une cuisine familiale peuvent suffire.
Le cinéma catalan et espagnol a longtemps entretenu un rapport fécond avec le genre. De l'épouvante gothique aux thrillers contemporains, de la maison hantée au drame rural, l'Espagne a fait de ses espaces domestiques et régionaux des lieux de pression. Pijuan Sala se lit dans ce paysage, même si son corpus visible demeure bref. Ce qui compte est la possibilité d'un regard situé : un cinéma où le lieu n'est pas un décor interchangeable, mais une force sociale. Les personnages n'entrent jamais dans un village sans entrer aussi dans une mémoire.
Cette mémoire rapproche naturellement ce territoire du folk horror, mais un folk horror sans folklore de surface. Le vrai sujet n'est pas le costume, la chanson ou la coutume isolée. C'est l'épaisseur du collectif. Qui sait quoi ? Qui se tait ? Qui protège le rite ? Qui paie le prix de l'appartenance ? Dans les récits de ce type, l'étranger ne découvre pas seulement un secret. Il découvre que le secret est peut-être la forme même de la communauté.
Les années 2010 et les années suivantes ont rendu cette veine particulièrement vive. À mesure que les villes se ressemblent, le cinéma de genre est revenu vers les zones locales, les langues minoritaires, les mémoires régionales, non par nostalgie, mais parce qu'elles permettent de montrer comment le passé survit dans les gestes. Pijuan Sala, par sa présence dans ce champ, indique cette tension entre modernité et enracinement. Le fantastique catalan peut être sec, lumineux, presque quotidien. Il n'a pas toujours besoin de nuit pour inquiéter.
Deux crédits imposent une certaine prudence critique. Il serait facile de transformer le nom de Xavier Pijuan Sala en emblème trop vaste. Il vaut mieux le considérer comme un point de contact. Sa fiche permet de relier une œuvre en fragments à une tradition où le genre sert à interroger l'appartenance. Le cinéma d'horreur, lorsqu'il travaille les cultures locales, pose toujours la même question avec des visages différents : que faut-il accepter de ne pas voir pour rester parmi les siens ?
Cette question donne à la ruralité méditerranéenne une charge particulière. Le soleil n'efface pas la peur. Il la rend parfois plus cruelle, parce qu'il laisse tout visible et ne protège de rien. Un visage fermé à midi peut être plus inquiétant qu'une silhouette dans le brouillard. Une place de village, un repas, une procession, un silence partagé deviennent des formes de surveillance. Le fantastique ne surgit pas contre le réel. Il se confond avec lui.
Pour CaSTV, Xavier Pijuan Sala mérite l'attention parce qu'il représente cette circulation entre identité régionale et genre contemporain. Sa place n'est pas celle d'un canon déjà stabilisé, mais celle d'une entrée dans une cartographie plus fine. Les bases d'horreur ont besoin de ces noms qui permettent de suivre les lignes secondaires, les films courts, les collaborations, les expériences qui gardent vivantes les traditions locales sans les muséifier.
Regarder Pijuan Sala, c'est donc se rappeler que la peur ne vient pas seulement de l'inconnu. Elle vient aussi de ce qui est trop connu par les autres et jamais expliqué au visiteur. Le village sait. La famille sait. Le paysage sait. Le film, lui, attend que nous comprenions trop tard.
