Victor Olăhuț
Victor Olăhuț inscrit son crédit unique dans la Roumanie, et ce pays donne immédiatement à l'horreur une profondeur particulière: Carpates, villages, orthodoxie, ruines communistes, mythes vampiriques exportés jusqu'à l'usure, mais aussi réalités contemporaines beaucoup plus sèches. La Roumanie du genre ne peut pas être réduite à Dracula. Elle possède une autre inquiétude, moins touristique, faite de familles, de dettes, de terres et de silences.
Le cinéma roumain est surtout connu internationalement pour son réalisme dur, ses plans longs, sa précision morale. Cette réputation peut sembler loin de l'horreur. Elle en est pourtant très proche. Le réalisme roumain sait déjà filmer l'attente, l'humiliation, l'institution, la chambre où personne ne peut respirer librement. Il suffit parfois d'un déplacement minimal pour que cette grammaire devienne fantastique. La peur n'arrive pas comme un spectacle. Elle se dégage de l'impossibilité de sortir d'une situation.
Olăhuț peut donc être lu dans le voisinage du folk horror, mais à condition de sauver ce terme de ses cartes postales. En Roumanie, le folk horror n'est pas seulement une forêt et une légende. C'est une communauté qui possède ses codes, une religion vécue dans les gestes, une superstition que la modernité n'a pas supprimée, une histoire rurale que la ville préfère mépriser. Le personnage qui revient au village ne revient jamais dans un lieu neutre. Il revient dans un système.
Le nom lui-même, avec ses signes diacritiques, mérite d'être conservé dans sa forme. Olăhuț n'est pas interchangeable avec une version aplatie. Dans une base de données bilingue, cette précision est un geste critique. Les cinémas de l'Est ont trop souvent été traduits, simplifiés, rangés sous des catégories larges qui effacent leurs différences. Garder les accents, c'est garder une partie du lieu. Pour l'horreur, le lieu est essentiel. Une malédiction commence souvent par un nom prononcé correctement ou incorrectement.
Les années 2010 et suivantes ont permis à des productions roumaines de genre ou de marge de voyager plus facilement, notamment par les festivals européens et les plateformes. La visibilité reste limitée, mais le terrain est fécond. La Roumanie offre au cinéma de peur une collision rare entre imaginaire mondialement connu et expérience locale moins exploitée. Un réalisateur comme Olăhuț, même avec un seul crédit, se tient au bord de cette collision.
Il faut refuser la facilité vampirique. L'intérêt d'un profil roumain contemporain ne consiste pas à répéter les clichés du château et de la cape. Il consiste à voir comment un pays saturé par un mythe exporté peut produire d'autres formes d'inquiétude: l'appartement post-socialiste, l'hôpital, le village vidé, la famille qui protège un secret, la bureaucratie qui devient presque surnaturelle par sa froideur. Cette horreur-là est plus grave, parce qu'elle ne se présente pas comme une attraction.
Dans CaSTV, Victor Olăhuț fonctionne donc comme une ouverture vers une Roumanie de genre encore trop peu cartographiée. Son crédit unique n'est pas une conclusion, mais un signe de présence. Il rappelle que l'horreur européenne gagne à être regardée par ses zones moins exportées, là où les mythes anciens n'ont pas disparu, mais cohabitent avec les néons, les dossiers administratifs et les murs minces. C'est souvent dans cette cohabitation que la peur devient vraiment moderne.
