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Victor Bonacore

Victor Bonacore semble travailler dans cette zone féconde du cinéma indépendant où l'on ne dispose pas d'un appareil massif, mais où chaque décision de mise en scène compte d'autant plus. C'est une bonne manière d'entrer dans son œuvre. Ce qui retient, ce n'est pas l'ampleur déclarative du geste. C'est la capacité à donner une forme distincte à une tension, à un espace ou à une relation avec des moyens resserrés.

Chez lui, la question du climat paraît centrale. Une situation ne vaut pas seulement par ce qu'elle raconte, mais par la pression qu'elle installe. Un cadre, un temps mort, une circulation dans un lieu, un échange retenu peuvent devenir des vecteurs de malaise. Cette attention fait naturellement glisser son travail vers le thriller ou les marges de l'horreur, même lorsque l'étiquette de genre n'est pas affichée en grand. Le trouble s'organise d'abord comme expérience.

Ce qui semble aussi distinguer Bonacore, c'est une certaine sobriété. Là où beaucoup de productions indépendantes veulent compenser leur échelle réduite par un excès de style, il paraît chercher la tension juste, l'angle pertinent, la durée adéquate. Cette réserve n'a rien de timide. Elle suppose une compréhension assez fine de ce que peut porter un plan lorsqu'on lui laisse assez d'air. C'est souvent dans cette économie que naît la personnalité d'un film.

On peut situer ce travail dans le contexte des années 2010 et années 2020, période où une grande partie du cinéma de marge oscille entre l'hyperconceptuel et le purement fonctionnel. Bonacore paraît chercher un troisième chemin. Un cinéma qui ne renonce pas à l'atmosphère, mais qui ne s'y dissout pas. Un cinéma qui ne méprise pas l'efficacité, mais qui ne réduit pas non plus la mise en scène à un simple service narratif.

Le rapport aux personnages mérite également qu'on s'y attarde. Les figures qui traversent ses films ne semblent pas conçues comme des abstractions commodes. Elles existent dans un inconfort, une hésitation, une vulnérabilité. Cette présence humaine est essentielle, car elle empêche le dispositif de se refermer sur sa seule mécanique. Le suspense ou le malaise ont davantage de poids lorsqu'ils affectent des corps crédibles, situés, fragiles.

Pour CaSTV, Victor Bonacore compte ainsi comme représentant d'un cinéma du resserrement. Un cinéma qui sait que l'inquiétude n'a pas besoin d'être bruyante pour être efficace, et que la singularité d'une œuvre se joue souvent dans la justesse du calibrage plutôt que dans l'inflation des signes. Cette leçon paraît simple. Elle est pourtant de plus en plus rare.

On retiendra donc un réalisateur attentif à la pression des lieux, à la qualité des silences et à la manière dont une forme modeste peut, si elle est bien tenue, produire une vraie persistance mentale. C'est une ambition rigoureuse, et une ambition de cinéma.

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