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Velasco Broca - director portrait

Velasco Broca

Pour Velasco Broca, il faut commencer par la couleur, le rituel et la forme courte, cette triade qui traverse des films comme Nuestra amiga la luna ou Alegrías riojanas et qui suffit à lui donner une place à part dans le cinéma espagnol contemporain. Broca ne raconte pas des histoires au sens classique avant tout. Il invoque des états, des cérémonies, des collisions entre folklore, science-fiction, liturgie pop et humour métaphysique. Chaque film semble surgir d'un coin du réel où les symboles n'ont jamais accepté de devenir raisonnables.

Cette singularité formelle est précieuse. Dans un paysage souvent partagé entre réalisme social, cinéma de patrimoine et genre plus frontal, Velasco Broca travaille l'hybridation sans demander la permission. Ses films ont quelque chose de l'artefact rituel et du rêve bricolé, mais avec une rigueur de composition qui empêche toute confusion avec le simple caprice surréalisant. L'étrange, chez lui, n'est pas décoratif. Il constitue la logique même du monde. On ne pénètre pas dans ses oeuvres pour y chercher une signification unique, mais pour y éprouver un régime de signes intensifié.

Le rattacher au cinéma espagnol est indispensable, notamment parce qu'il réactive une tradition ibérique du grotesque, du sacré contaminé et de l'image baroque sans se contenter d'en recycler les prestiges. Broca comprend que l'Espagne cinématographique n'est pas seulement une question de réalisme ou de flamboyance gothique. C'est aussi un laboratoire où le rite populaire, l'iconographie catholique, l'absurde et la cosmologie peuvent se croiser de manière imprévisible. Ses films condensent cette possibilité avec une liberté rare.

Il y a chez lui une affinité profonde avec le fantastique et la science-fiction, mais cette affinité refuse la narration sécurisée. Les motifs y apparaissent comme des révélateurs plutôt que comme des éléments de mythologie stabilisée. Une apparition, un chant, une tenue, un paysage, un objet cérémoniel peuvent ouvrir une brèche sans que le film ressente le besoin de tout refermer. Cette confiance dans l'ellipse, dans l'association et dans le choc visuel rapproche Broca de certaines traditions expérimentales tout en conservant une forte sensualité populaire.

Les années 2000 et années 2010 ont rendu plus visible une famille de cinéastes pour qui le court métrage n'était pas un simple sas d'entrée mais un terrain d'invention autonome. Velasco Broca appartient pleinement à cette famille. Ses films démontrent qu'une oeuvre peut être immédiatement reconnaissable sans passer par la longueur ou la monumentalité. Il suffit d'une cohérence de visions, d'une façon de faire vibrer les corps et les symboles, d'une fidélité à des formes mentales qui n'ont rien de naturaliste.

Pour CaSTV, Broca représente une ligne essentielle du bizarre contemporain: celle qui réconcilie l'ésotérique, le carnavalesque et le cosmique. Son cinéma rappelle que la peur ou le trouble ne naissent pas seulement d'une menace lisible. Ils peuvent naître d'un excès de formes, d'une densité symbolique trop forte, d'un sentiment que le monde visible est traversé par des rites dont nous avons perdu la clé. Cette impression est au coeur de beaucoup de grands films fantastiques, même quand ils empruntent d'autres chemins que l'horreur explicite.

Velasco Broca mérite donc une place de choix dans toute cartographie sérieuse des franges du genre. Il invente des films qui ressemblent à des reliques venues d'un futur païen ou d'un passé qui n'aurait jamais cessé de muter. On y avance sans carte, mais pas sans guide. Le guide, c'est la mise en scène elle-même, sa confiance dans la puissance des images lorsqu'elles cessent d'illustrer le monde pour recommencer à l'enchanter de travers.

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