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Veerle Baetens - director portrait

Veerle Baetens

Veerle Baetens arrive au cinéma de genre avec le poids d'un visage déjà connu du drame belge, et cette origine change tout: chez elle, la peur ne commence pas par l'effet, mais par l'intimité abîmée. Actrice majeure avant de passer derrière la caméra, elle porte une connaissance précise des corps en situation de crise. Un regard qui se ferme, une respiration coupée, une phrase qui ne sort pas: ce sont des matériaux de mise en scène autant que des indices psychologiques.

Il serait trop simple de la ranger parmi les cinéastes qui visitent l'horreur comme un territoire exotique. Baetens vient d'un cinéma européen où la famille, la culpabilité et la classe sociale sont déjà des machines de terreur discrètes. Le passage vers le genre ne demande donc pas une conversion spectaculaire. Il suffit de pousser un peu plus loin ce qui était déjà là: les liens qui blessent, les maisons où l'amour devient surveillance, les souvenirs qui refusent de rester dans le passé.

Son profil dialogue naturellement avec le cinéma belge, même si le catalogue ne fixe pas explicitement le pays. La Belgique a souvent produit un fantastique de proximité, moins attaché aux grandes mythologies qu'aux corps pris dans des institutions, des familles, des paysages quotidiens. La peur y semble sortir d'un carrelage froid, d'une route de banlieue, d'une cuisine trop éclairée. Baetens comprend cette matière parce qu'elle vient du jeu, donc de la tension entre ce qu'un personnage montre et ce qu'il retient.

Dans l'horreur psychologique, cette compétence devient centrale. Le genre ne demande pas seulement de fabriquer une menace, mais de mesurer ce qu'elle fait à un visage. Beaucoup de films confondent le traumatisme avec un thème à annoncer. Les meilleurs le traitent comme une architecture invisible. Chez une artiste comme Baetens, le traumatisme n'est pas une explication placée à la fin. C'est une manière d'organiser l'espace, de ralentir le temps, de rendre chaque geste légèrement trop lourd.

Le crédit unique conservé ici ne réduit pas son intérêt. Il le concentre. Une réalisatrice dont la réputation vient d'ailleurs apporte à l'horreur un autre régime d'autorité. Elle ne cherche pas nécessairement à prouver qu'elle connaît tous les codes. Elle peut au contraire les dépouiller, les laisser apparaître dans le cadre par nécessité. Le monstre, s'il y en a un, n'a pas à occuper le centre. Ce qui compte, c'est le point exact où une situation humaine devient irréversible.

Les années 2020 ont vu se multiplier ces passages entre drame d'auteur et cinéma de peur. Certains y voient une mode prestigieuse. C'est plus intéressant que cela. L'horreur est devenue le lieu où le réalisme européen peut reconnaître ce qu'il portait déjà de violent. Les familles dysfonctionnelles, les deuils, les secrets d'enfance, les dépendances affectives: tous ces motifs gagnent en puissance lorsqu'ils cessent d'être seulement réalistes et deviennent presque rituels.

Baetens mérite donc d'être lue comme une cinéaste de la vulnérabilité dangereuse. Son rapport au genre n'a pas besoin de passer par la surenchère. Il passe par l'écoute des fissures. La peur y a le goût d'une conversation qui tourne mal, d'une chambre qui garde une odeur ancienne, d'un corps qui comprend avant l'esprit. CaSTV retient ce nom parce qu'il indique une voie importante de l'horreur contemporaine: non pas l'abandon du drame, mais son intensification jusqu'au point où la réalité elle-même commence à menacer.

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