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Theda Hammel - director portrait

Theda Hammel

Theda Hammel apporte à l'horreur contemporaine une sensibilité queer, caustique, presque mondaine, où la catastrophe intime se confond avec le mauvais goût social d'une époque. Son cinéma ne traite pas la peur comme une entrée séparée du comique ou de la satire. Il préfère montrer des personnages déjà pris dans une performance d'eux-mêmes, entourés d'appareils, de discours, de désirs mal réglés, puis attendre que cette performance se retourne contre eux. C'est une horreur de surface, mais la surface y est profonde.

Hammel appartient à un moment où l'horreur américaine indépendante a réappris à parler le langage de la conversation, du malaise de groupe, de la sexualité et du statut social. Les monstres n'ont pas disparu; ils ont simplement changé d'adresse. Ils vivent dans les applications, les appartements trop décorés, les amitiés stratégiques, les phrases que l'on prononce pour paraître moralement impeccable. La terreur n'est pas que quelqu'un mente. C'est que tout le monde sache mentir avec les bons mots.

Cette acuité rapproche Hammel de l'horreur psychologique, mais sa manière refuse la solennité. Elle sait que le ridicule peut être une forme de cruauté plus précise que le tragique. Un dîner, une soirée, un échange apparemment léger peuvent révéler des hiérarchies de désir, de classe, de genre et de pouvoir. Le film n'a pas besoin de souligner ces rapports. Il les laisse se produire dans la gêne, dans le tempo d'une réplique, dans l'impossibilité de quitter une pièce sans perdre la face.

Il y a là une intelligence très actuelle du corps. Le corps queer, le corps malade, le corps désiré, le corps observé par une communauté qui prétend tout comprendre: ces figures ne sont pas ajoutées au genre comme des signes de modernité. Elles en deviennent le moteur. L'angoisse naît de la visibilité même, de l'obligation d'être lisible, séduisant, cohérent, politiquement acceptable. Dans cet univers, l'identité n'est pas un refuge. C'est parfois un dispositif de surveillance partagé.

Les années 2020 ont produit beaucoup de films qui confondent commentaire social et simple mention d'un sujet. Hammel se distingue parce que son intérêt semble plus venimeux. Elle ne se contente pas d'identifier les hypocrisies. Elle les fait parler. Elle laisse les personnages se compromettre par leur propre aisance. La mise en scène devient alors un piège de ton: trop drôle pour être seulement dramatique, trop inconfortable pour être seulement comique.

Dans CaSTV, sa place est importante parce qu'elle élargit l'idée de ce que peut être un film d'horreur queer. Pas seulement une affirmation, pas seulement un trauma, pas seulement une revanche contre le regard normatif. Aussi une comédie de cruauté, une étude de milieu, une machine à révéler les petites violences qui se cachent derrière les langages de libération. Cette lucidité est rare, et elle pique.

Theda Hammel filme un monde où personne ne veut avoir l'air monstrueux, ce qui rend tout le monde suspect. L'horreur, chez elle, ne descend pas du grenier. Elle circule dans la pièce avec un verre à la main, très sûre de son vocabulaire, déjà prête à vous expliquer pourquoi elle n'a rien fait de mal.

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