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Stephanie Rothman - director portrait

Stephanie Rothman

Parler de Stephanie Rothman, c'est commencer dans les marges brûlantes du cinéma d'exploitation américain des années 1970, là où les contraintes budgétaires, le marché drive in et la censure morale produisaient parfois des œuvres bien plus intelligentes que l'industrie respectable. Rothman n'est pas seulement une pionnière parce qu'elle fut l'une des rares réalisatrices à travailler durablement dans ce système. Elle compte surtout parce qu'elle y a introduit une conscience politique, sexuelle et formelle que beaucoup de ses contemporains masculins n'ont jamais eue. Ses films connaissent les règles de l'exploitation, mais ils ne s'y abandonnent pas. Ils les tordent, les ironisent, les retournent contre le regard qui les a fait naître.

On cite souvent The Velvet Vampire comme pièce maîtresse, et à juste titre. Le film comprend que le vampirisme n'est pas seulement un motif gothique transportable sous le soleil californien. Il devient chez Rothman une affaire de regard, de désir, de pouvoir de classe et de liberté féminine. Là où tant de productions voisines utilisent la nudité et l'érotisme comme simples appâts commerciaux, elle travaille ces éléments avec une intelligence de la mise en scène. Les corps ne sont pas là pour flatter passivement le spectateur. Ils deviennent les lieux d'une négociation, parfois d'un piège, toujours d'un rapport de force. C'est précisément cette complexité qui rend son cinéma durable.

L'ancrage aux États-Unis importe, bien sûr, mais Rothman n'est pas la simple expression d'un cinéma national. Elle appartient à une contre histoire hollywoodienne, faite de productions indépendantes, de circuits périphériques et d'une inventivité contrainte. Dans cet espace, elle a su créer une œuvre qui parle de domination sans renoncer au plaisir du genre. Ses récits connaissent la séduction des formes populaires, mais ils refusent l'abrutissement. Même lorsqu'elle travaille dans des cadres imposés, Rothman laisse apparaître des structures de pouvoir très nettes: patriarcat, marchandisation des corps, hypocrisie morale, fantasmes de possession.

Son importance pour le cinéma horreur tient justement à cela. Elle montre que le genre peut être sensuel sans être servile, frontal sans être idiot, politique sans perdre sa force de spectacle. Chez elle, l'horreur est souvent liée à une économie du désir mal réglée. Les personnages veulent posséder, consommer, contrôler, et le film révèle ce que ces pulsions produisent de violence. Cette compréhension matérialiste du fantastique la distingue de beaucoup d'autres cinéastes de l'époque, plus enclins à recycler des formules qu'à penser ce qu'ils filment.

Il faut également parler de son style. Rothman n'est pas une formaliste au sens ostentatoire, mais elle connaît très bien les ressources de la couleur, du décor, du cadrage et de la circulation des corps dans l'espace. Son cinéma peut être pop, psychédélique, parfois presque lascif, mais il garde une grande netteté narrative. Cette alliance est rare. Elle permet au film de rester accessible tout en installant une étrangeté persistante. Dans The Velvet Vampire, par exemple, l'environnement désertique et les intérieurs chargés ne sont jamais de simples ornements. Ils participent d'une logique de l'envoûtement, d'un monde où la surface séduisante contient déjà la morsure.

Rothman fut longtemps sous estimée parce qu'on a trop souvent pris au sérieux les hiérarchies culturelles héritées, qui relèguent l'exploitation à un sous cinéma tout en célébrant ailleurs les mêmes audaces sous des noms plus nobles. Or son œuvre résiste très bien à cette condescendance. Elle supporte l'analyse parce qu'elle a été pensée, mais elle supporte aussi le plaisir immédiat de la projection. Ce double régime est précisément ce qui définit les grands auteurs populaires. Ils savent donner au spectateur quelque chose à sentir tout de suite et quelque chose à comprendre plus tard.

La reconsidération critique de Stephanie Rothman, visible dans les cinémathèques, les textes de MUBI et les parcours de festival, n'a donc rien d'un simple geste réparateur. Elle correspond à une réalité esthétique. Son cinéma tient, et il tient parce qu'il savait déjà ce que beaucoup de discours universitaires sont venus formuler après coup: le genre est un terrain de lutte, le regard n'est jamais innocent, et les images populaires peuvent contenir une pensée aiguë du pouvoir. Pour CaSTV, Rothman est une présence essentielle. Elle rappelle qu'une réalisatrice peut entrer dans les formes les plus codées du cinéma commercial et y laisser des traces de liberté très concrètes. Chez elle, le plaisir du pulp n'efface jamais la critique. Il lui donne au contraire une arme supplémentaire.

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