Solmund MacPherson
Chez Solmund MacPherson, l'inscription canadienne n'est pas une simple étiquette de provenance. Elle informe une manière de regarder les lieux, les distances et les communautés comme des réservoirs d'inquiétude latente, des espaces où le quotidien paraît souvent tenu par un fil plus mince qu'il n'y paraît. Le meilleur fantastique canadien a toujours su cela: l'immensité n'apaise pas forcément, l'intime ne protège pas toujours, et les paysages peuvent très bien servir d'amplificateurs au trouble. MacPherson semble travailler dans cette tradition, mais avec une sensibilité contemporaine très attentive aux frictions entre mémoire, territoire et perception.
Ce qui intéresse chez lui, c'est une capacité à faire monter la tension sans quitter immédiatement le terrain de l'observation. Beaucoup de films de genre annoncent trop vite leur programme. MacPherson paraît préférer la contamination lente. Un environnement s'installe, des relations prennent forme, un rapport particulier au silence se met en place, et c'est seulement alors que quelque chose commence à se dérégler. Cette méthode donne au film une vraie densité. La peur ne tombe pas sur un monde vide. Elle altère un monde déjà consistant, déjà chargé de temps, d'affects et de fragilités.
Dans une plateforme comme CaSTV, ce type de cinéma compte parce qu'il protège l'horreur de sa version la plus mécanique. Le cinéma d'horreur n'est pas simplement affaire de menace visible. Il est aussi affaire de climat, de seuil, d'attente, de rapports mal ajustés entre les corps et les lieux. MacPherson semble comprendre cette grammaire. Ses films laissent au spectateur le temps nécessaire pour sentir qu'un espace familier a perdu sa neutralité, qu'une présence ordinaire est devenue ambiguë, qu'une mémoire commence à peser autrement sur le présent.
Le contexte canadien enrichit encore cette lecture. Le cinéma d'ici a souvent trouvé sa force dans les zones intermédiaires: entre réalisme et dérive, entre observation sociale et imaginaire, entre rudesse matérielle et trouble intérieur. MacPherson paraît prolonger cette ligne avec une attention particulière aux textures du monde contemporain. Il ne filme pas seulement des situations. Il filme des atmosphères sociales, des fatigues, des lignes de fracture à demi visibles. C'est précisément de là que peut surgir le fantastique le plus convaincant, celui qui ne s'ajoute pas au réel mais qui en révèle la torsion déjà présente.
Dans les Années 2010 et les Années 2020, cette approche a gagné en pertinence. Nos peurs ne se laissent plus toujours représenter par une figure unique ou un monstre stable. Elles passent par l'instabilité des environnements, la vulnérabilité des liens, la sensation que quelque chose s'est déplacé dans le monde sans se laisser nommer tout de suite. MacPherson semble capter cela avec justesse. Son cinéma ne fabrique pas de thèse. Il organise une expérience. Il place le spectateur dans un état d'attention où les plus petits détails peuvent soudain devenir porteurs d'une charge obscure.
Il faut aussi noter la valeur d'une certaine sobriété formelle. La peur durable résiste mal aux démonstrations trop lourdes. Elle demande une mise en scène capable de tenir la tension, de ménager le hors-champ, de laisser les motifs se charger sans les épuiser. Solmund MacPherson paraît très conscient de cette économie. Ses films avancent avec une précision qui ne cherche ni l'effet de prestige ni le choc facile. Ils préfèrent construire un malaise profond, lié au territoire, au temps et à l'épaisseur humaine des situations. C'est ce qui les rend précieux: ils rappellent que l'horreur la plus tenace n'invente pas un autre monde, mais retire au nôtre le confort d'être immédiatement lisible.
