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Sohrab Shahid Saless - director portrait

Sohrab Shahid Saless

Avec Still Life, Sohrab Shahid Saless a porté le dépouillement à un point où le quotidien cesse d'être banal pour devenir tragiquement métaphysique. Un garde barrière, la répétition des gestes, l'usure du temps: tout semble minuscule, et pourtant le film ouvre un abîme. Shahid Saless appartient à ces cinéastes iraniens pour qui la simplicité n'est jamais un manque de moyens ou d'ambition. C'est une discipline du regard. Dans l'histoire du cinéma d'Iran et plus tard d'Allemagne, son œuvre demeure un modèle d'austérité habitée.

On parle souvent de lenteur à son sujet, mais le terme reste insuffisant. Le temps chez Shahid Saless n'est pas seulement étiré. Il est pesé. Chaque répétition, chaque attente, chaque déplacement minimal révèle la structure sociale d'une existence. Le travail, la pauvreté, la solitude, la bureaucratie, le vieillissement ne sont pas traités comme des thèmes. Ils sont inscrits dans la durée même des plans. Regarder ses films, c'est faire l'expérience d'un monde où rien ne se précipite parce que la vie des personnages n'a pas le privilège de l'urgence spectaculaire.

A Simple Event condense déjà cette méthode. L'enfance y est filmée sans pathos, à hauteur de fatigue et de nécessité. Shahid Saless refuse les explications psychologiques confortables. Il s'intéresse à ce qui encadre les vies: les routines, les silences, la pauvreté des perspectives, la matérialité des lieux. Cette retenue produit une émotion singulière. Les films ne demandent pas qu'on s'identifie immédiatement. Ils obligent plutôt à demeurer avec une existence que le cinéma montre trop rarement avec une telle nudité.

Exilé d'Iran, Shahid Saless a poursuivi une partie de son œuvre en Allemagne, et ce déplacement n'a pas effacé sa cohérence. Au contraire, il a confirmé que son vrai sujet était peut être moins un pays qu'une condition: celle d'êtres modestes pris dans des structures qui les dépassent. Le passage d'un contexte national à l'autre n'annule pas son regard. Il le déplace vers de nouvelles formes d'isolement, de marginalité et de désajustement. Cela donne à sa filmographie une portée à la fois locale et transnationale.

On peut l'inscrire du côté du drame ou d'un certain documentaire fictionnalisé, mais ces catégories ne suffisent pas. Son cinéma tient aussi d'une ascèse morale. Il enlève tout ce qui flatterait le spectateur: emphase, psychologie sursignifiée, événement spectaculaire, consolation musicale. Ce retrait n'est jamais sec par principe. Il répond à une exigence de justesse. Shahid Saless semble savoir que certaines vies n'ont jamais été regardées autrement qu'en passant, et qu'il faut pour les filmer inventer une forme dégagée du bruit.

Dans les années 1970 et années 1980, alors que tant de cinémas d'auteur cherchaient soit la flamboyance politique soit la signature formaliste éclatante, il a choisi la voie la plus risquée: celle de l'effacement apparent. Mais cet effacement n'est qu'une apparence. Plus on le regarde, plus on voit la précision souveraine de ses cadres, la rigueur des rythmes, la manière dont un objet ou un geste revient au moment juste pour faire sentir le poids du temps. Peu de cinéastes ont su obtenir autant avec si peu d'effets.

Sohrab Shahid Saless demeure essentiel parce qu'il a compris que la dignité du cinéma tient parfois à sa capacité d'accorder du temps à ceux que l'histoire néglige. Son œuvre ne dramatise pas la misère pour produire de l'émotion rapide. Elle observe comment le monde s'imprime dans les corps, comment l'habitude devient destin, comment le silence finit par parler. C'est un cinéma exigeant, bien sûr, mais d'une générosité profonde envers ses personnages. Il leur offre ce que l'ordre social leur refuse: une attention sans condescendance.

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