https://cabaneasang.tv/fr/director/s-j/
S.J. - director portrait

S.J.

Avec l'Espagne comme point d'ancrage, S.J. appelle d'abord une lecture par climat plutôt que par canon. Le cinéma de genre espagnol a toujours su articuler l'excès et la rigueur, le catholicisme résiduel et la pulsion moderne, le grotesque et le tragique. Ce contexte suffit déjà à donner une orientation : si S.J. compte dans un catalogue comme CaSTV, c'est parce que son travail s'inscrit dans cet héritage de contamination des registres, où le réel quotidien demeure vulnérable à l'irruption d'une peur ancienne ou d'un désordre très contemporain.

Ce qui semble le distinguer, c'est une façon de ne jamais traiter le genre comme un simple vernis. Chez beaucoup d'imitateurs, les signes sont là mais la nécessité n'y est pas. Chez S.J., au contraire, la tension paraît venir d'une conviction plus structurelle : les personnages vivent dans des mondes déjà fissurés, où l'intime, la foi, la famille ou la marginalité composent un terrain naturellement propice au dérèglement. Le surnaturel, si surnaturel il y a, n'arrive donc pas comme une fantaisie. Il vient occuper une place vacante.

On peut inscrire ce travail dans les années 2010 et les années 2020, moment où le cinéma espagnol de horreur et de thriller a continué de produire des œuvres nerveuses, souvent plus attachées à l'atmosphère et au corps qu'à la démonstration conceptuelle. S.J. participe de cette énergie. Il semble préférer la scène qui s'envenime au grand discours, la texture d'un lieu au symbole plaqué, l'ambiguïté morale à la pure leçon narrative.

Le rapport à l'Espagne n'est pas purement administratif ici. Il engage une mémoire des espaces, des rituels et des institutions. Le cinéma espagnol de genre a souvent été hanté par les restes : restes du franquisme, restes de la famille autoritaire, restes du catholicisme, restes des hiérarchies rurales et urbaines. S.J. gagne en force lorsqu'il laisse sentir que ses récits s'inscrivent dans cette continuité. Le présent n'y est jamais vierge. Il reste chargé.

Sa mise en scène semble tenir à un équilibre délicat entre frontalité et suggestion. Trop de suggestion, et le film s'évapore. Trop de frontalité, et il se banalise. S.J. paraît chercher cette zone médiane où le spectateur comprend que quelque chose a dérapé sans que le récit lui livre tout de suite le mode d'emploi du dérapage. C'est un savoir-faire plus rare qu'on ne le croit.

Dans un catalogue comme CaSTV, S.J. mérite ainsi d'être vu comme un maillon d'une tradition espagnole qui n'a jamais dissocié l'horreur du tissu historique et affectif. Ses films rappellent que le genre ne vit pas de citations, mais de pression. Pression du milieu, de la croyance, de la mémoire, des corps. Lorsqu'il touche juste, ce cinéma ne cherche pas seulement à faire peur. Il révèle comment des sociétés entières apprennent à cohabiter avec ce qu'elles refusent de regarder en face, jusqu'au jour où cela revient, non comme une surprise, mais comme une dette.

Suggérer une modification