Roberto De Feo
The Nest et A Classic Horror Story placent Roberto De Feo dans une horreur italienne qui connaît trop bien ses ancêtres pour les imiter innocemment. Son cinéma avance dans des maisons fermées, des bois rituels, des images qui semblent citer le passé tout en demandant qui profite encore de ces citations. De Feo n'est pas un nostalgique pur. Il filme la tradition comme une pièce verrouillée.
Avec The Nest, il installe une peur de l'enfance captive et de la bourgeoisie malade. La demeure n'y est pas seulement un décor gothique. Elle est un système d'éducation, de contrôle, de secret. L'enfant y grandit sous surveillance, dans un monde qui prétend le protéger mais qui ressemble surtout à une séquestration polie. De Feo comprend que le gothique fonctionne mieux lorsque la beauté des lieux devient suspecte. Les tissus, les couloirs, les jardins, les gestes retenus: tout indique une violence domestiquée.
Cette sensibilité s'inscrit dans la longue histoire de l'Italie horrifique, mais elle ne se contente pas d'en recopier les signes. Le cinéma italien de peur a donné au monde des couleurs impossibles, des meurtres opératiques, des couvents fiévreux, des demeures pourries par les secrets. De Feo hérite de cette mémoire et la refroidit. Il n'a pas toujours besoin de l'excès flamboyant. Il préfère souvent la tension d'un cadre qui sait trop bien ce qu'il cache.
A Classic Horror Story, coréalisé avec Paolo Strippoli, déplace cette relation au patrimoine vers le commentaire. Le titre annonce le programme avec une ironie presque brutale: voici une histoire d'horreur classique, donc voici aussi le piège de ce que nous appelons classique. Le film mélange route, forêt, culte, violence rurale, imagerie médiatique et conscience des codes. Il ne s'agit pas seulement de faire peur avec de vieux motifs. Il s'agit de montrer comment ces motifs sont consommés, recyclés, marchandisés.
Dans le folk horror, De Feo trouve une matière idéale. Le rite n'est pas pour lui un folklore aimable. C'est un contrat social. La communauté ne croit pas seulement à ses symboles, elle les utilise pour organiser la violence. Le bois devient une scène, le sacrifice une mise en récit, la tradition une technologie de pouvoir. Cette lecture rend son travail plus contemporain qu'il n'en a parfois l'air. Il ne filme pas le passé, il filme l'usage présent du passé.
Les Années 2010 et les Années 2020 ont vu revenir une horreur patrimoniale, consciente de ses bibliothèques d'images. De Feo appartient à ce moment où les cinéastes ne peuvent plus prétendre découvrir les codes. Ils doivent les habiter avec lucidité. Le danger est l'exercice de style. Sa meilleure réponse est de faire du style lui même une question morale: pourquoi cette image nous attire t elle encore? Qu'est ce que notre plaisir du genre accepte de regarder?
Il y a chez De Feo une obsession pour les espaces qui mentent. La maison de The Nest ment par raffinement. Le dispositif de A Classic Horror Story ment par familiarité. Dans les deux cas, le spectateur est invité à reconnaître les signes, puis à douter de sa propre reconnaissance. Le film d'horreur devient un miroir de cinéphilie piégé. On sait trop de choses, et ce savoir ne sauve personne.
Roberto De Feo mérite sa place dans CaSTV parce qu'il représente une voie italienne contemporaine, à la fois respectueuse des atmosphères et méfiante envers le culte. Il ne traite pas le genre comme un musée, mais comme une maison dont les pièces restent dangereuses. Entrer dans son cinéma, c'est accepter que les vieux motifs ne soient pas morts. Ils ont seulement appris à se vendre sous de nouveaux emballages, avec la même faim dessous.
