Peter Sollett
Avec Raising Victor Vargas, Peter Sollett saisit un été new-yorkais à hauteur d'adolescents et produit l'une des chroniques urbaines les plus souples et les plus justes du cinéma indépendant américain des années 2000. Ce qui pourrait n'être qu'un récit d'initiation léger devient, entre ses mains, une étude précise des postures, des embarras et des négociations sentimentales qui fabriquent l'entrée dans l'âge adulte. Sollett filme les rues, les toits, les cages d'escalier et les cours intérieures comme des lieux de théâtre social où l'on apprend à désirer, à mentir un peu, à se montrer.
Ce qui distingue son regard, c'est l'absence presque totale de mépris. L'adolescence est souvent filmée soit avec nostalgie attendrie, soit avec ironie supérieure. Sollett choisit une troisième voie : il prend au sérieux la vanité, les maladresses et les rêves minuscules de ses personnages sans les écraser sous le poids d'une morale adulte. Raising Victor Vargas n'idéalise rien, mais il comprend que la comédie du flirt est aussi une affaire de classe, de réputation, de territoire et de dignité. Derrière la légèreté apparente, le film sait très bien ce qui se joue.
New York occupe ici une place décisive, mais pas comme monument. Sollett filme une ville habitée, vernaculaire, loin des panoramas de carte postale. Les immeubles, les trottoirs, les logements serrés, les voisinages bruyants composent un milieu affectif. Cette inscription concrète fait du film un bel exemple de coming-of-age urbain. La ville n'est pas un décor neutre. Elle règle la circulation des rumeurs, la visibilité des corps, les manières de se tenir devant les autres. Tout le talent de Sollett consiste à faire sentir cette dimension sans jamais la transformer en leçon appuyée.
Le cinéma américain indépendant a souvent cherché la "voix authentique" des quartiers populaires, parfois au prix d'une esthétique trop démonstrative. Sollett, lui, avance avec une fluidité remarquable. Son écriture paraît simple parce qu'elle est précisément ajustée. Les dialogues sonnent juste, les scènes respirent, les personnages secondaires existent vraiment. On sent un attachement sincère au collectif, à la manière dont une bande, une fratrie, un voisinage façonnent une subjectivité. Cette attention au milieu donne à ses films une chaleur très particulière.
Il faut aussi reconnaître chez lui un sens du ton rare. Sollett sait être drôle sans cynisme, tendre sans mollesse, sentimental sans mièvrerie. C'est plus difficile qu'il n'y paraît. Son cinéma tient sur ce fil, où la vivacité de la comédie rencontre une conscience réelle des humiliations sociales et affectives. Même lorsqu'il s'oriente vers des projets plus visibles, cette qualité de base demeure : un intérêt profond pour les personnages qui cherchent leur place avec les moyens imparfaits dont ils disposent.
Peter Sollett mérite ainsi une place de choix parmi les cinéastes du drame urbain contemporain. Il rappelle qu'un film sur la jeunesse n'a pas besoin d'artifices tonitruants pour exister. Il suffit d'un regard précis, d'un milieu vivant et d'une véritable confiance dans les corps et les paroles. Chez lui, la ville apprend à grandir autant qu'elle enferme. Ce double mouvement, à la fois doux et rude, donne à son cinéma une vérité durable. Peu de films semblent à ce point respirer l'air concret d'un quartier sans perdre la grâce de la fiction.
