Pepe Castro
Le crédit espagnol de Pepe Castro l'inscrit dans une tradition où l'horreur sait depuis longtemps mêler la ferveur catholique, la farce noire, le deuil familial et le goût des maisons trop pleines de secrets. L'Espagne n'aborde pas le fantastique comme une simple échappée hors du réel. Elle le traite souvent comme un retour du refoulé historique, une manière de faire parler ce que la famille, l'Église ou le village avaient décidé de taire.
Pepe Castro apparaît avec un seul crédit au catalogue, et cette modestie apparente lui convient mieux qu'une emphase artificielle. Dans le cinéma d'horreur, une présence unique peut avoir la netteté d'une lame courte. Elle ne raconte pas une carrière, elle indique une orientation. Elle signale qu'un cinéaste a touché le genre, qu'il a participé à sa circulation, qu'il a laissé une trace dans une cartographie plus vaste.
Le prénom Pepe donne une familiarité presque populaire, loin des poses austères. Cela compte dans le contexte espagnol, où l'horreur a souvent su passer par le quotidien: bars, familles, immeubles, villages, voisins, fêtes locales, rites ordinaires. La peur surgit d'autant plus fortement qu'elle vient d'un monde reconnaissable. Un visage aimé devient suspect. Une coutume paraît soudain trop ancienne. Une blague se prolonge une seconde de trop et bascule dans la cruauté.
Castro peut être lu depuis cette relation au populaire. Le cinéma espagnol de genre n'a jamais été seulement noble ou symbolique. Il a aussi une veine brutale, carnavalesque, parfois grotesque, où le corps social se révèle par l'excès. Le fantastique y permet de faire remonter les violences de classe, les hontes religieuses, les récits de guerre, les peurs de l'enfance. Le monstre est rarement seul. Il arrive avec une communauté autour de lui, et cette communauté sait plus qu'elle ne dit.
Les années 2020 ont prolongé cette tradition dans des formats plus variés: courts métrages, films indépendants, objets de festival, récits hybrides entre drame intime et cauchemar. Un réalisateur à crédit unique peut y trouver une place réelle. Les circuits spécialisés permettent à ces œuvres de vivre au-delà de leur première projection, de rejoindre des catalogues où elles dialoguent avec d'autres traditions de la peur.
Ce qui intéresse chez Pepe Castro, c'est donc la possibilité d'une horreur espagnole de proximité. Pas nécessairement les grands châteaux ni les mythologies appuyées, mais la table familiale, la route de province, la chambre d'enfant, le portrait religieux au mur, la fête qui masque un vieux règlement de comptes. L'Espagne fantastique est puissante lorsqu'elle comprend que le rituel le plus inquiétant est parfois celui que tout le monde trouve normal.
CaSTV inscrit Castro comme une présence discrète mais située. Son nom n'a pas besoin d'être gonflé pour compter. Il appartient à un pays où le genre a appris à faire du secret une architecture et de la mémoire un piège. Un seul crédit suffit à rappeler cela: dans l'horreur espagnole, il y a toujours quelqu'un derrière la porte, non pas parce qu'il veut entrer, mais parce qu'il était là depuis le début.
