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Paolo Virzì - director portrait

Paolo Virzì

Avec Ovosodo, Paolo Virzì trouve la mesure exacte de ce qui fera la force de son cinéma: une manière de filmer la formation sociale et affective d'un individu sans perdre de vue les classes, les humiliations, les ressources du rire et la pesanteur des milieux. Le film est drôle, nerveux, tendre par moments, mais jamais dupe. Virzì comprend que la comédie italienne, lorsqu'elle reste vivante, ne sert pas à adoucir le réel. Elle sert à le rendre plus lisible, parfois plus cruel, souvent plus humain.

Inscrit dans l'Italie des Années 1990 puis des Années 2010, Virzì a repris le fil de la grande tradition de la commedia all'italiana sans se contenter de la citer. Il en garde le sens des rapports de classe, des compromis minables, des élans sincères contaminés par l'intérêt, mais il la réaccorde à une époque de précarité nouvelle, de désillusion politique et de mobilité sociale bloquée. Ses films savent que la légèreté ne tient qu'à une condition: ne jamais mentir sur la dureté du monde.

La prima cosa bella en fournit un excellent exemple. Derrière la chronique familiale, la nostalgie et les allers-retours temporels, Virzì organise une réflexion très précise sur la mémoire, la honte sociale, le regard des enfants et le désordre d'une vie féminine que la société italienne n'a jamais su accueillir autrement qu'en la jugeant. Il n'idéalise pas ses personnages. Il leur accorde mieux: la possibilité d'être contradictoires, fatigants, généreux, lâches, drôles, tout cela dans le même mouvement.

Son rapport au Comédie est fondamental. Virzì sait que le rire italien le plus fort naît souvent d'une connaissance aiguë des structures. Le quartier, la famille, l'école, l'hôpital, la route, la petite bourgeoisie en vacances ou en panique économique, voilà ses vrais théâtres. Il capitale umano montre bien qu'il peut durcir le ton sans perdre son intelligence de la circulation sociale. Le film démonte les rapports entre argent, réputation et violence avec une sécheresse presque clinique.

Ce qui rend Virzì particulièrement précieux, c'est son absence de cynisme total. Il voit très bien la vulgarité de son époque, les compromis constants, les vanités minuscules, la façon dont l'Italie transforme le charme en écran de fumée. Pourtant, ses films ne s'abandonnent pas à la supériorité moqueuse. Ils gardent une foi obstinée dans les attachements, dans la possibilité d'un geste juste, dans une émotion qui n'annule pas la critique. Cette générosité sans innocence est rare.

Il faut aussi parler de La pazza gioia, où Virzì retrouve une énergie plus directement vagabonde, presque picaresque, pour filmer deux femmes en fuite à travers les failles du système psychiatrique et social. Là encore, la mobilité n'est jamais pure libération. Elle révèle les violences administratives, les hiérarchies de classe, les blessures affectives. Mais le film réussit à faire circuler tout cela dans une forme expansive, mobile, qui ne perd jamais son contact avec les corps.

Dans le paysage italien contemporain, Virzì occupe ainsi une place de passeur. Il relie l'héritage classique de la comédie sociale à un présent plus instable, plus nerveux, plus désabusé. Il le fait sans solennité excessive, avec un sens remarquable du personnage et de la scène collective. Peu de cinéastes savent encore écrire des ensembles où les rapports sociaux deviennent immédiatement perceptibles sans que le film cesse de vivre.

Voir Paolo Virzì aujourd'hui, c'est retrouver un cinéma qui pense avec le récit, avec l'acteur, avec le milieu, avec la vitesse des dialogues et le poids des humiliations. Il rappelle qu'une comédie digne de ce nom n'est pas le contraire d'une analyse sociale. Elle en est souvent la forme la plus mobile, la plus précise, et parfois la plus cruellement juste.

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