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Nicolás Pereda - director portrait

Nicolás Pereda

Chez Nicolás Pereda, Summer of Goliath ou Fauna n'ouvrent pas un monde à conquérir narrativement: ils installent d'emblée un Mexique de déplacements infimes, de répétitions, de gestes suspendus, où fiction et documentaire se frottent sans jamais se stabiliser. Pereda travaille moins sur l'événement que sur la modulation. Ses films avancent par glissements de registre, par réagencements subtils de la même situation, par reprises qui rendent le réel plus énigmatique au lieu de le clarifier.

Dans le paysage des Années 2010 et Années 2020, peu de cinéastes ont poussé aussi loin cette défiance envers la narration comme capture définitive des êtres. Pereda n'ignore pas le récit. Il le traite comme une matière réversible. Un personnage peut devenir une fonction, une scène peut revenir autrement, un décor peut changer de statut, et l'on comprend peu à peu que cette instabilité n'est pas un jeu gratuit. Elle correspond à une expérience du monde où les identités, les places sociales et les souvenirs ne cessent d'être rejoués.

Le Documentaire et l'Expérimental sont des catégories utiles pour l'approcher, mais elles restent insuffisantes. Pereda filme des présences avant de filmer des informations. Il s'intéresse à la manière dont un corps attend, parle à côté, répète un geste, écoute sans réagir immédiatement. Cette attention à la durée change tout. Le spectateur n'est plus placé devant une intrigue à décoder rapidement, mais devant un champ relationnel où les significations se déplacent avec lenteur. Le temps du film devient alors une éthique de regard.

Une autre qualité décisive de son cinéma tient à son humour discret. On parle souvent de l'austérité de certaines formes contemporaines, et Pereda pourrait de loin être rangé de ce côté. Ce serait oublier la malice de ses dispositifs, la façon dont il déplace légèrement les attentes, les conventions du polar, du drame familial, de l'enquête ou du film sur la violence nationale. Il ne nie pas la gravité du contexte mexicain. Il refuse simplement d'en faire un programme d'images immédiatement reconnaissables, prêtes à circuler comme preuves ou emblèmes.

Son travail avec les acteurs et les non acteurs participe de cette méthode. Plutôt que de chercher l'expressivité spectaculaire, Pereda valorise les rythmes singuliers de la présence. Il laisse les voix respirer, les silences s'installer, les postures rester légèrement opaques. Cette opacité n'est pas un manque. C'est ce qui empêche les personnages de devenir des exemples. Ils persistent comme des énigmes concrètes, irréductibles à la fonction sociale ou narrative qu'on voudrait leur assigner.

Dans le Cinéma mexicain, cette position est précieuse. Pereda se tient à distance des images attendues du pays, qu'elles soient misérabilistes, sensationnalistes ou patrimoniales. Il invente une autre relation au territoire et à la communauté, plus fragmentaire, plus hésitante, mais aussi plus fidèle à l'incertitude du vécu. Ses films suggèrent qu'une société se comprend aussi par les blancs, les retours, les scènes qui n'aboutissent pas, les histoires racontées de travers.

Voir Pereda, c'est accepter qu'un film n'ait pas pour mission de résoudre ce qu'il met en jeu. C'est même l'inverse qui rend son œuvre si forte. Elle maintient les êtres, les lieux et les récits dans un état de disponibilité troublante. Le spectateur doit renoncer à la souveraineté interprétative, mais il gagne autre chose: une attention plus juste à la manière dont le réel insiste sans jamais se laisser posséder tout à fait.

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