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Nevio Marasović

La science-fiction croate n'est pas un territoire saturé, et c'est précisément ce qui rend Nevio Marasović si intéressant. Lorsqu'il aborde des formes spéculatives, il ne le fait pas pour singer les modèles lourds de l'industrie anglo-saxonne, mais pour éprouver ce que le genre peut révéler dans un paysage plus intime, plus ironique, parfois plus mélancolique. Ancré du côté de la Croatie, son cinéma regarde le futur comme une légère déformation du présent, non comme une rupture totale. Cette modestie d'échelle devient une vraie proposition esthétique.

Chez Marasović, l'idée de genre n'est jamais un emballage. Elle sert à déplacer le réel pour mieux en faire apparaître les structures. Les rapports affectifs, la solitude, l'épuisement des idéaux, la fatigue d'une génération qui a grandi après de grandes promesses collectives : tout cela affleure sous la surface ludique ou spéculative. C'est pourquoi ses films dépassent rapidement la catégorie de curiosité nationale. Ils s'inscrivent dans une mouvance européenne où la science-fiction devient un outil de mesure psychique.

Ce qui frappe surtout, c'est son ton. Marasović possède une manière de combiner gravité et désinvolture sans annuler l'une par l'autre. Le rire, chez lui, n'est pas une protection contre l'émotion, mais une façon de l'accompagner sans emphase. Cette qualité est précieuse. Elle empêche le récit de se figer dans le sérieux programmatique souvent associé au cinéma d'auteur lorsqu'il touche au genre. En même temps, elle évite le pastiche facile. Le film peut rester léger par moments tout en portant une vraie inquiétude sur le temps, la mémoire ou la désorientation contemporaine.

Son rapport aux espaces mérite aussi l'attention. Qu'il filme la ville, la côte ou des intérieurs plus fonctionnels, Marasović sait faire sentir que le décor n'est pas neutre. Il porte les traces d'une modernité inachevée, de rêves techniques un peu défraîchis, d'un quotidien qui semble vivre à côté de quelque chose d'invisible. Cette sensation donne à ses films une texture très particulière, à mi-chemin entre familiarité et décalage. Le fantastique ou la spéculation n'arrivent pas d'un autre monde ; ils émergent de la surface même du réel.

On peut ainsi le situer au coeur d'un courant discret mais important des années 2010 et des années 2020, lorsque plusieurs cinématographies européennes ont réinventé les genres à partir de budgets modestes et d'intentions très précises. Marasović participe à cette dynamique avec une élégance propre. Il ne cherche pas à faire "grand film international" à tout prix. Il construit au contraire des oeuvres à taille humaine, assez souples pour accueillir l'idée, le doute et l'humour.

Ce refus de la grandiloquence est peut-être son trait le plus séduisant. Même lorsqu'un concept fort organise le récit, les personnages gardent leur fragilité concrète. Ils ne deviennent pas des porte-parole d'hypothèses abstraites. Le spectateur reste attaché à leur manière d'habiter le monde, d'y être plus ou moins accordé, plus ou moins en retard.

Dans la cartographie du cinéma croate contemporain et des passages par le festival de Pula, Nevio Marasović mérite donc une place à part. Il rappelle qu'une science-fiction véritablement vivante n'a pas besoin d'annoncer la fin du monde. Il lui suffit parfois de regarder notre présent avec un très léger angle d'écart, assez pour que l'évidence quotidienne commence à vaciller.

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