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Nathan Vallée - director portrait

Nathan Vallée

Nathan Vallée arrive dans CaSTV depuis le Canada, et son nom semble déjà ouvrir un paysage: une vallée, un creux, un lieu où le son porte mal et où les secrets descendent plus facilement qu'ils ne remontent. Cette image convient à une horreur canadienne obsédée par les distances, les communautés isolées, les maisons entourées de trop d'espace et les silences qui ressemblent à de la neige. Le territoire n'y est pas un fond. Il est une pression.

Dans le cinéma canadien, la peur a souvent quelque chose de géographique. Elle naît de l'étendue, du froid, de la forêt, de la petite ville, de l'écart entre les corps. Même en milieu urbain, le Canada horrifique conserve souvent cette sensation de distance intérieure: les personnages se parlent, mais quelque chose reste entre eux, large et blanc. Vallée, par son crédit unique, s'inscrit dans cette tradition d'un espace qui travaille la psyché.

Le nom francophone ajoute une résonance particulière pour une base montréalaise comme CaSTV. Le Québec a développé un rapport puissant au fantastique: catholicisme en ruine, familles serrées, villages trop mémoire, langue comme refuge et comme prison. Même lorsque le film concerné ne se revendique pas explicitement de cette tradition, un nom comme Vallée rappelle que l'horreur canadienne passe souvent par des tensions linguistiques et culturelles. La peur n'a pas le même grain lorsqu'elle traverse plusieurs histoires nationales à l'intérieur d'un même pays.

Vallée peut se lire près d'un folk horror nord-américain où le paysage n'est jamais innocent. Ici, le rite ne porte pas forcément des costumes anciens. Il peut se cacher dans une habitude familiale, une manière de taire les morts, une communauté qui sait très bien ce qu'elle refuse d'expliquer. Le folk horror canadien n'a pas besoin de copier les campagnes britanniques. Il possède ses propres bois, ses routes secondaires, ses chapelles vides, ses lacs trop calmes.

Avec un seul crédit catalogué, il faut rester à l'échelle du signe. Mais ce signe est riche. L'horreur de Vallée, telle que le contexte permet de l'approcher, serait moins une affaire de surgissement que de topographie. Où se trouve le personnage? À quelle distance du secours? Qui connaît le chemin? Qu'est-ce qui a été enterré dans ce lieu avant son arrivée? Ces questions appartiennent au coeur du genre. Elles transforment l'espace en mémoire active.

Depuis les années 2010, le cinéma canadien de genre a bénéficié d'une circulation accrue dans les festivals spécialisés et les plateformes de niche. Cette circulation a permis de mieux percevoir la diversité de ses peurs: horreur corporelle, fantastique rural, thriller psychologique, récits autochtones ou postcoloniaux, comédies noires très sèches. Un réalisateur comme Nathan Vallée trouve sa place dans ce paysage non par la taille de son dossier, mais par l'indice qu'il donne d'une sensibilité locale.

Pour CaSTV, son nom compte parce qu'il rattache l'horreur à une géographie affective. Une vallée n'est pas seulement un décor. C'est un lieu où l'on descend, où l'on se retrouve entouré, où le ciel peut sembler plus loin. Le genre sait utiliser cette sensation. Il prend un paysage, y dépose une faute, puis attend que le relief fasse son travail. Nathan Vallée occupe cette zone: un seul crédit, mais une promesse de creux, d'écho et de mémoire qui ne s'évacue pas facilement.

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