MOISÉS ROMERA
Dans les deux crédits espagnols de MOISÉS ROMERA, on sent d'abord une proximité avec le genre comme pratique nerveuse, efficace, volontiers abrasive: l'Espagne a une tradition d'horreur qui sait passer du baroque catholique au thriller sec sans perdre son goût du malaise. Romera s'inscrit dans cette énergie, du côté d'un cinéma où la peur n'est jamais tout à fait séparée de la culpabilité, de la famille, du voisinage et des murs trop chargés d'histoire.
Le contexte de l'Espagne est décisif. Peu de cinématographies européennes ont autant travaillé la cohabitation du populaire et du traumatique. Les fantômes y portent souvent des secrets politiques ou familiaux. Les maisons y conservent des traces de violence. Les enfants voient ce que les adultes ont appris à nier. Dans ce paysage, Romera apparaît comme une figure de catalogue qui prolonge une tradition solide sans devoir la citer lourdement.
Son nom, écrit en capitales dans la fiche, donne presque une impression d'affiche de minuit: quelque chose de frontal, de compact, de prêt à entrer dans le vif. Cette frontalité convient à une veine du cinéma d'horreur espagnol qui n'a pas peur du récit clair, du suspense tendu, du choc bien préparé. Mais l'efficacité n'exclut pas la profondeur. Au contraire, les meilleurs films de peur espagnols savent que le mécanisme fonctionne mieux quand il repose sur une faute ancienne.
Romera peut être lu dans ce rapport entre vitesse narrative et mémoire. Le film avance, les personnages cherchent, fuient, mentent, découvrent. Pourtant, sous l'action, quelque chose de plus vieux insiste. Une histoire familiale, un crime, un deuil, une honte collective. C'est là que le thriller et l'horreur se rejoignent: l'enquête ne sert pas seulement à trouver un coupable, mais à faire remonter une vérité que le présent avait organisée pour éviter.
La tradition espagnole a aussi donné au genre une relation singulière aux espaces clos. Appartements, orphelinats, villages, caves, commissariats, immeubles de banlieue: chaque lieu peut devenir une machine à contenir le passé. Romera, avec ses deux crédits, semble appartenir à cette intelligence du décor chargé. Il ne s'agit pas seulement de choisir un endroit inquiétant. Il faut que l'espace possède une raison de l'être, que ses murs paraissent avoir entendu plus de choses que les personnages.
Dans les années 2010 et 2020, l'horreur espagnole a continué de circuler entre festival, télévision, plateforme et production indépendante. Cette souplesse a permis à des réalisateurs moins connus de participer à un écosystème très vivant. MOISÉS ROMERA compte dans cette cartographie par sa présence même: il représente ces artisans du genre qui maintiennent la tension, qui ajoutent des variations, qui prouvent que l'horreur ibérique n'est pas seulement une poignée de titres consacrés.
Ce qui retient chez Romera, c'est donc une promesse de cinéma direct mais pas plat. Une peur qui sait tenir son spectateur, mais qui garde derrière le mécanisme une inquiétude morale. Qui a fermé la porte? Qui a menti à l'enfant? Qui a construit la maison sur un secret? L'horreur espagnole revient souvent à ces questions parce qu'elles ne vieillissent pas. Elles changent de décor, de génération, de technologie, mais elles restent les mêmes: le passé n'est pas mort, il attend simplement que quelqu'un prononce le mauvais nom. Romera trouve là sa place, modeste et solide, dans la nuit bien habitée de CaSTV.
