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Mohammadreza Mayghani - director portrait

Mohammadreza Mayghani

Chez Mohammadreza Mayghani, ce qui retient d'abord l'attention n'est pas le spectaculaire mais une manière d'installer l'inquiétude à l'intérieur même d'un monde social très concret. C'est une qualité essentielle pour comprendre son travail. Là où beaucoup de films dits de genre plaquent des effets sur des situations déjà balisées, Mayghani semble partir de la texture du réel, de ses contraintes, de ses impasses, de son épuisement, pour laisser apparaître progressivement une zone de dérèglement. Cette méthode le place dans une lignée de cinéastes iraniens qui savent que le hors champ n'est pas seulement un outil visuel, mais une structure morale et politique.

Il y a dans ses films un sens aigu de la pression. Pression des lieux, des règles, des attentes familiales ou collectives, pression des silences aussi, qui comptent autant que les dialogues. Cette densité ne sert pas uniquement à fabriquer du drame. Elle prépare un type de malaise plus diffus, plus persistant, où l'on sent que quelque chose ne tourne pas rond bien avant que le récit n'en donne une formulation claire. C'est précisément ce que le cinéma d'angoisse réussit le mieux quand il se respecte: non pas sauter sur le spectateur, mais modifier la température du visible. À ce titre, le travail de Mayghani trouve naturellement sa place parmi les formes troubles des années 2010 et des années 2020.

Son rapport à l'espace mérite d'être souligné. Les décors chez lui ne sont jamais de simples cadres fonctionnels. Ils enferment, retardent, observent. Une pièce devient un lieu d'usure mentale. Une rue n'ouvre pas forcément vers l'extérieur, elle peut au contraire reconduire vers la même impasse. Cet usage de l'espace rappelle que le cinéma iranien a souvent su transformer les contraintes matérielles en forces de mise en scène. Mayghani travaille visiblement dans cette tradition, mais avec une inflexion plus sombre, plus tournée vers le sentiment de menace diffuse. Le monde n'y est pas fantastique au sens décoratif. Il est déjà suffisamment instable pour produire sa propre étrangeté.

C'est pourquoi son cinéma ne doit pas être réduit à une question de thème. Ce qui compte, c'est l'organisation du regard. Mayghani filme de façon à laisser persister un doute sur la pleine lisibilité des situations. Les personnages eux-mêmes semblent parfois légèrement déplacés à l'intérieur de leur propre vie, comme s'ils étaient contraints d'occuper une place qui ne leur convient jamais tout à fait. Cette impression a une puissance particulière. Elle donne au moindre incident une résonance plus vaste, comme si la crise individuelle révélait soudain une faille plus profonde dans l'ordre des choses. Le cinéma de l'Iran contemporain a souvent excellé dans cette capacité à faire vibrer les systèmes à partir de presque rien. Mayghani s'inscrit dans cette intelligence.

Il faut également noter l'importance probable de la retenue dans sa direction d'acteurs. Son univers semble demander des présences qui n'expliquent pas trop, qui laissent le trouble se déposer dans la durée. C'est un choix décisif. Dès qu'un film veut trop prouver sa gravité, il se ferme. Mayghani paraît préférer des trajectoires plus obliques, où l'opacité n'est pas une coquetterie mais un fait humain. Les personnages avancent avec leurs contradictions, leurs angles morts, leurs fatigues. Le spectateur n'est pas placé devant un schéma, mais devant des existences dont l'instabilité travaille déjà le cadre.

Ce qui se dessine ainsi, c'est un cinéma de la persistance plutôt que du coup d'éclat. Mohammadreza Mayghani ne semble pas chercher l'effet qui circule vite. Il construit des films qui laissent une empreinte plus lente, faite de tensions souterraines, de formes retenues, de perceptions altérées. C'est souvent de cette manière que le cinéma de genre garde sa dignité: en revenant à sa fonction première, qui n'est pas de divertir mécaniquement la peur, mais de montrer qu'un monde apparemment ordinaire peut contenir, dans ses plis les plus quotidiens, une violence ou une étrangeté prêtes à se révéler.

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