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Maxime Corbeil-Perron - director portrait

Maxime Corbeil-Perron

Maxime Corbeil-Perron s'inscrit dans un Canada où le cinéma expérimental, la performance sonore et l'image de genre peuvent se frôler sans demander la permission aux catégories. Son nom évoque moins le récit classique qu'un travail de matière: texture, durée, vibration, surface visuelle qui commence à inquiéter avant même qu'un événement arrive. Pour l'horreur, cette approche est précieuse, car la peur n'est pas seulement une affaire de scénario. Elle est aussi une affaire de fréquence.

Dans le champ canadien, cette sensibilité a une histoire solide. Le pays a produit des formes hybrides où le corps, la technologie, le son et l'espace mental deviennent des lieux d'altération. On pense moins à la maison hantée traditionnelle qu'à une chambre d'écoute, un dispositif, une image qui se dégrade, une présence qui passe par le grain ou par le bruit. Corbeil-Perron, même sans crédit actif dans le catalogue, se place naturellement dans cette zone de friction entre cinéma d'art et cinéma d'épouvante.

Ce qui compte ici, c'est l'idée d'une horreur qui peut naître avant le récit. Un son trop bas, un battement irrégulier, une lumière qui semble ne pas appartenir au décor, un montage qui refuse la respiration confortable: ces éléments suffisent parfois à produire une inquiétude plus durable qu'un effet de surprise. Le cinéma expérimental a beaucoup apporté au genre en lui rappelant que le spectateur a un corps. On peut l'atteindre par l'attente, par la répétition, par la saturation, par l'impression qu'une image travaille contre lui.

Les entrées sans crédits dans CaSTV sont souvent les plus difficiles à écrire, mais elles peuvent devenir les plus révélatrices. Elles montrent le genre dans son état de voisinage. Un réalisateur n'a pas besoin d'être déjà indexé par un film d'horreur pour appartenir à un climat susceptible de rejoindre le catalogue. Les festivals, les installations, les courts, les collaborations sonores et les objets de frontière nourrissent le cinéma de peur autant que les longs métrages clairement identifiés.

Depuis la décennie 2010, cette porosité s'est intensifiée. Les scènes indépendantes canadiennes ont multiplié les formats où l'image en mouvement dialogue avec la musique, l'art contemporain, la vidéo et la performance. Dans un tel contexte, Maxime Corbeil-Perron peut être pensé comme une figure de passage. Son importance potentielle pour CaSTV ne réside pas dans une promesse de monstres, mais dans une relation à l'altération sensible. Le genre a besoin de cinéastes qui savent dérégler la perception avant de raconter la menace.

Il y a une différence entre faire peur et installer un malaise. La peur peut être ponctuelle. Le malaise modifie la pièce après le film. Il reste dans l'oreille, dans les yeux, dans la manière dont on perçoit un écran éteint. Une démarche associée au son ou à l'expérimentation comprend cela d'emblée. Elle sait que le fantastique n'a pas toujours besoin d'apparaître. Il peut vibrer dans le support, comme si l'image portait une maladie interne.

Pour une base montréalaise comme CaSTV, cette lecture a du sens. Montréal et le Canada ont souvent vu se croiser les scènes de genre, de musique bruitiste, de performance et de cinéma indépendant. Corbeil-Perron appartient à cette possibilité d'un film qui ne choisit pas entre expérience esthétique et menace. Son entrée doit donc être gardée ouverte, attentive, prête à accueillir une oeuvre où l'horreur serait moins un code narratif qu'un état de perception. Dans le meilleur des cas, ce type de cinéma ne montre pas l'abîme. Il règle simplement la salle pour que nous l'entendions.

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