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Matan Yair

Avec Scaffolding, Matan Yair a signé un film d'une sécheresse morale remarquable, un portrait d'adolescence masculine où chaque geste paraît pris entre désir de contact et menace d'explosion. Ce point de départ dit déjà beaucoup de son cinéma. Yair ne cherche pas l'emphase. Il travaille les rapports de force au plus près des corps, des institutions et des milieux sociaux. Son œuvre, telle qu'on peut la croiser chez CaSTV, se tient à la frontière du drama et d'une violence plus sourde, presque horrifique par moments, tant elle fait sentir à quel point la brutalité peut devenir un langage appris.

Ce qui frappe d'abord, c'est la qualité d'observation. Yair regarde ses personnages sans les simplifier, surtout lorsqu'il filme la jeunesse masculine et ses impasses. Il comprend que la colère n'est pas un trait psychologique isolé, mais un produit complexe de classe, d'éducation, de honte et de désir empêché. Cette intelligence empêche le film de devenir un simple dossier social. La mise en scène reste tendue, attentive, souvent inconfortable. Elle ne transforme pas la violence en spectacle. Elle la traite comme une circulation, une manière d'occuper l'espace et de tenir son corps parmi les autres.

Dans le contexte israélien, cette approche prend une résonance particulière. Le cinéma d'Israël a souvent su filmer les fractures intimes comme symptômes de structures plus larges, familiales, politiques, éducatives. Yair s'inscrit dans cette lignée tout en gardant une rudesse très personnelle. Il ne plaque pas un commentaire sur les situations, il laisse les rapports se durcir sous nos yeux. C'est ce qui donne à ses scènes leur poids. Un atelier, une salle de classe, une maison, un terrain vide, tout devient lieu de négociation morale, parfois de guerre larvée.

Cette attention au concret fait de lui un cinéaste profondément contemporain. On pourrait le situer dans la meilleure part des années 2010, lorsqu'un certain cinéma d'auteur a retrouvé le goût des récits serrés, des personnages opaques et des tensions qui ne réclament pas d'être continuellement expliquées. Yair fait confiance au comportement. Il sait qu'un adolescent qui hésite entre tendresse et destruction est déjà une figure dramatique suffisante, à condition de le filmer avec justesse. Cette justesse, il l'obtient par le temps accordé aux scènes et par une direction d'acteurs très fine.

Le rapport au corps est central. Chez Yair, les personnages ne parlent pas toujours la langue de ce qu'ils éprouvent. Leur vérité passe alors par des gestes trop brusques, une posture fermée, un regard qui fuit ou qui attaque. Cette expressivité contrariée donne au film sa tension la plus forte. Nous regardons des êtres incapables de se gouverner pleinement, mais toujours sommés de le faire. De là naît une violence qui n'a rien de spectaculaire et qui, pour cette raison même, devient très difficile à oublier.

Il y a aussi chez lui une sensibilité rare à l'autorité. L'autorité parentale, scolaire, masculine, sociale, n'est jamais représentée comme simple cadre. Elle façonne les voix, les ambitions, les seuils de honte et les possibilités de réparation. Les films de Yair montrent comment une existence peut se construire dans l'obligation constante de prouver sa tenue, sa force ou sa valeur. C'est un terrain de cinéma extrêmement fertile, parce qu'il produit des affects contradictoires à chaque instant.

Pour CaSTV, Matan Yair importe justement parce qu'il rappelle combien le malaise peut devenir une forme d'effroi sans quitter le réel. Son cinéma ne convoque pas forcément des monstres, mais il filme très bien la fabrication sociale de la dureté, ce qui n'est pas moins inquiétant. Il y a dans ses œuvres une honnêteté sans embellissement, une façon de regarder les êtres à hauteur de leur vulnérabilité et de leur danger. Peu de films sortent de la projection avec cette impression si nette d'avoir touché la violence à sa source domestique et éducative. C'est là que Yair devient essentiel.

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