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Mario Van Peebles - director portrait

Mario Van Peebles

Avec New Jack City, Mario Van Peebles entre dans les années 1990 comme on entre dans une zone électrifiée : le crime y est spectacle, la ville y est machine à broyer, et l'énergie du film tient à une contradiction permanente entre plaisir de cinéma et diagnostic social. Cette contradiction ne le quittera plus. Fils de Melvin Van Peebles, il aurait pu se contenter d'habiter un héritage. Il a préféré en faire un terrain de friction. Dans le cinéma des États-Unis depuis les Années 1990, il occupe une place curieuse et précieuse : celle d'un auteur populaire qui travaille à l'intérieur des genres tout en gardant ouverte une mémoire politique noire, parfois frontale, parfois dévoyée, souvent plus complexe que sa réputation inégale ne le laisse croire.

Van Peebles n'est pas un formaliste pur. Il n'a pas la maîtrise glacée d'un grand styliste hollywoodien, et c'est justement ce qui rend son cinéma intéressant. Ses films avancent souvent sur des lignes cassées, avec des changements de ton abrupts, des excès de jeu, des scènes qui paraissent aller trop loin ou pas assez loin. On peut y voir des défauts. On peut aussi y reconnaître une énergie peu domestiquée, un refus de lisser l'expérience noire américaine pour la rendre compatible avec un marché du prestige. Posse en est un bon exemple : western révisionniste, film de bande, geste de réappropriation historique, parfois brouillon, souvent galvanisant, il rappelle que l'histoire du genre a été blanchie et que le cinéma peut servir à rouvrir la mémoire de cette exclusion.

Ce rapport au genre est central. Van Peebles comprend que le thriller, le western, le film d'action ou le film carcéral ne sont pas seulement des moules narratifs. Ce sont des machines idéologiques qui distribuent les places, la dignité et la visibilité. En s'y installant, il ne fait pas qu'ajouter des personnages noirs à des formes existantes. Il modifie la charge du cadre. Il montre comment les règles du spectacle changent dès lors que l'expérience historique des Afro-Américains n'est plus périphérique. Même lorsqu'il travaille dans des productions plus fonctionnelles, cette tension reste perceptible.

Il faut également rappeler que Van Peebles a souvent filmé le pouvoir comme théâtre. Chez lui, les institutions n'ont rien de neutre. La police, l'État, le monde des affaires, le crime organisé, tout cela forme un réseau de performances viriles, de codes hiérarchiques, de mises en scène de la domination. Cela peut donner des films presque baroques dans leur manière d'exhiber les signes de la corruption. Mais ce goût de la surcharge n'est pas gratuit. Il traduit une intuition juste : en Amérique, la violence aime se présenter comme spectacle de normalité.

Baadasssss! reste sans doute son film le plus révélateur. En revenant sur le tournage de Sweet Sweetback's Baadasssss Song, Mario Van Peebles affronte à la fois l'histoire du cinéma noir, la figure du père et les mythologies de l'indépendance. Le résultat n'est ni un hommage docile, ni un règlement de comptes simpliste. C'est un film sur l'ambivalence d'un legs. Comment hériter d'une radicalité sans la momifier. Comment aimer un père sans effacer ses angles morts. Comment transformer une légende en matière vivante. Rarement Mario Van Peebles aura été aussi précis.

Sa carrière comprend bien sûr des oeuvres plus mineures, des commandes, des bifurcations télévisuelles, des films dont l'ambition déborde les moyens. Mais le juger seulement à l'aune de ses réussites les plus nettes ou de ses ratés les plus visibles serait manquer ce qu'il représente. Il est un passeur instable entre cinéma indépendant noir, industrie hollywoodienne et culture populaire. Cette instabilité, loin de le discréditer, raconte quelque chose de la difficulté même à tenir une position d'auteur noir dans un système qui adore les singularités à condition qu'elles restent rentables et prévisibles.

Dans l'histoire du cinéma afro-américain et plus largement du cinéma américain, Mario Van Peebles mérite donc mieux qu'un statut de note de bas de page agitée. Son oeuvre est inégale, oui. Elle est aussi traversée par une vraie colère, par un sens du spectacle qui refuse l'innocence, et par une conscience historique que beaucoup de films plus propres n'ont jamais eue. Il filme un pays obsédé par la réussite, saturé par la violence, hanté par ses hiérarchies raciales, et il le filme depuis l'intérieur du divertissement. C'est une position risquée. C'est aussi ce qui le rend indispensable à regarder autrement que comme simple artisan des marges.

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