Mari Cielo Pajares
Mari Cielo Pajares porte un nom immédiatement lié à l'Espagne de la scène, de l'écran populaire et des visages publics qui traversent plusieurs régimes d'image. Dans le champ horrifique, cette provenance n'est pas secondaire. L'horreur adore les figures qui connaissent le spectacle de l'intérieur, parce qu'elles savent que la performance est déjà une forme de possession. Une actrice ou créatrice passée par l'exposition médiatique comprend souvent mieux que d'autres la violence d'un regard.
L'Espagne a toujours entretenu avec le cinéma de genre une relation baroque, parfois excessive, souvent plus intelligente que sa réputation. Ses peurs viennent des familles, des couvents, des plateaux de télévision, des maisons trop pleines, des secrets qui refusent de rester dans les placards. Pajares, par son inscription culturelle, peut être lue à partir de cette tradition du masque social. Ce qui effraie n'est pas seulement ce qui se cache. C'est aussi ce qui s'affiche trop bien.
Même si aucun crédit n'est encore rattaché ici au catalogue, la présence de son nom dans une base d'horreur ouvre une piste féconde. Le genre a souvent accueilli des artistes venus d'ailleurs, du théâtre, de la télévision, de la chanson, de la performance, en leur donnant un espace où les identités publiques pouvaient se déformer. La peur devient alors un miroir cruel. Elle ne demande pas seulement qui est le monstre, mais qui joue à ne pas l'être.
Pajares évoque cette possibilité d'un cinéma sensible à la façade. Dans l'horreur espagnole, la façade est rarement innocente. Elle peut être celle d'une famille honorable, d'une célébrité souriante, d'un appartement bourgeois, d'une femme à qui l'on demande de rester aimable pendant que le monde se fissure. Le fantastique intervient lorsque la façade cesse de tenir. Un maquillage craque. Une voix change. Une image publique se retourne contre celle qui la portait.
Les années 2020 ont rendu ce motif encore plus aigu. La visibilité est devenue une condition ordinaire, presque obligatoire. Les écrans enregistrent, classent, jugent, recyclent. Pour une artiste liée à l'univers du spectacle, le cinéma de peur peut offrir une critique concrète de cette exposition. La caméra ne protège pas. Elle capture. Elle garde parfois ce que le sujet voulait perdre. Dans ce sens, le genre n'est pas une échappatoire, mais une machine de vérité brutale.
Il serait trop simple de réduire Mari Cielo Pajares à une figure médiatique. Ce qui importe ici, c'est le potentiel de déplacement. Quand une personnalité associée à la lumière publique croise le fantastique, quelque chose d'intéressant peut se produire: la gloire devient hantise, la reconnaissance devient piège, l'image devient double. Le cinéma d'horreur aime les doubles parce qu'ils ne mentent jamais complètement. Ils montrent ce qui était déjà là, seulement rendu insupportable.
Dans la carte CaSTV, Pajares occupe donc une place de tension entre culture populaire et cauchemar intime. Elle rappelle que le genre espagnol ne se nourrit pas seulement de ruines gothiques ou de folklore religieux. Il se nourrit aussi du spectacle contemporain, de ses vanités, de ses cruautés, de ses corps regardés trop longtemps. Une telle entrée promet un cinéma où l'effroi pourrait venir du projecteur lui-même: cette lumière qui révèle, brûle et ne laisse personne sortir intact.
