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Marçal Forés - director portrait

Marçal Forés

Animals donnait déjà la mesure du cinéma de Marçal Forés: adolescence troublée, imaginaire animal, désir, humiliation et flottement identitaire dans une mise en scène qui ne choisit jamais entre réalisme affectif et dérive fantastique. Chez lui, le passage à l'âge adulte n'est pas un itinéraire narratif rassurant. C'est une zone instable où le corps, la sexualité et la perception du monde cessent d'obéir aux cadres habituels. Dans le contexte de l'Espagne et plus précisément d'une sensibilité catalane contemporaine, Forés a su imposer une voix très identifiable.

Ce qui frappe d'abord, c'est la manière dont il filme la jeunesse sans la folkloriser. Beaucoup de récits adolescents hésitent entre nostalgie décorative et discours sociologique trop explicatif. Forés évite ces deux pièges. Il comprend que l'adolescence est avant tout un régime d'intensité. Les affects y sont surchargés, les signes y comptent trop, la honte y devient cosmique. Sa caméra épouse cette hypersensibilité sans la ridiculiser. Elle accepte que l'expérience adolescente soit traversée de fantasmes, de gestes absurdes, de pulsions contradictoires et d'angoisses parfois proches du délire.

Ce lien entre émotion et étrangeté inscrit naturellement son œuvre dans le voisinage de la Horreur et du Fantastique. Le monstre, chez Forés, n'est pas nécessairement une présence extérieure. Il peut être la forme imaginaire d'un malaise social, sexuel ou affectif. Une créature, un fantasme, une métamorphose symbolique disent alors ce que le personnage n'arrive pas encore à nommer. Cette logique donne à ses films une allure très particulière: ils ne rompent pas brutalement avec le réel, ils le déforment de l'intérieur.

Dans les Années 2010, alors qu'une partie du cinéma européen sur la jeunesse choisit soit le naturalisme gris, soit l'esthétisation publicitaire, Forés cherche un troisième chemin. Ses images peuvent être séduisantes, mais cette séduction est toujours traversée d'inquiétude. Les corps attirent et blessent, la fête ouvre vers la solitude, la sensualité voisine avec la cruauté. Il en résulte un cinéma de seuils, où chaque moment de grâce semble pouvoir tourner à l'effondrement. Cette instabilité est l'une de ses grandes forces.

La mise en scène, par ailleurs, montre un goût net pour les textures sensorielles. Musique, lumière, peaux, regards, silences embarrassés: tout contribue à fabriquer un espace où les personnages se débattent avec leur propre visibilité. Forés sait que l'adolescence contemporaine est aussi une affaire de performance, de regard des autres, d'identité mise à l'épreuve du groupe. Le fantastique lui permet d'intensifier cette donnée sans tomber dans le commentaire appuyé. Une image étrange agit souvent mieux qu'une longue explication psychologique.

Il faut aussi noter la manière dont son cinéma refuse les frontières trop propres entre art film et genre. Forés n'emploie pas l'élément fantastique comme décoration branchée, ni le naturalisme comme garantie de sérieux. Il laisse les registres se contaminer. C'est pourquoi ses films peuvent déconcerter autant qu'ils séduisent. Ils avancent par glissements, par sensations, par motifs récurrents plutôt que par pure démonstration. Cette liberté formelle reste précieuse dans un paysage où les films sur la jeunesse sont souvent écrasés par leur programme.

Marçal Forés apparaît ainsi comme un cinéaste du trouble adolescent au sens le plus rigoureux. Il filme l'instant où l'identité devient inhospitalière à elle-même, où le désir prend des formes animales, où le monde social se met à ressembler à un piège symbolique. Peu de réalisateurs savent donner à ces expériences une forme aussi souple, aussi sensuelle et aussi inquiète. Chez lui, grandir n'a rien d'un récit d'apprentissage serein. C'est une contamination.

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