Manda Ramoos
Dans le Brésil de Manda Ramoos, l'horreur semble pousser dans la chaleur des corps, des rues et des croyances qui n'ont jamais accepté de devenir simples décors. Ses deux crédits chez CaSTV signalent une présence brève, mais située: un regard issu d'un territoire où le fantastique peut surgir aussi bien d'une chambre familiale que d'une mémoire coloniale, d'un rite populaire, d'une violence sociale ou d'une fête qui tourne mal. Le genre y a toujours quelque chose de physique.
Le cinéma brésilien possède une tradition d'horreur plus riche que les circuits internationaux ne l'admettent souvent. De José Mojica Marins aux formes indépendantes récentes, il a travaillé la pauvreté, la religion, le corps, la transgression et la cruauté avec une liberté parfois sale, parfois baroque. Ramoos s'inscrit dans cet horizon sans devoir l'imiter. Elle hérite surtout d'une évidence: au Brésil, le surnaturel n'est jamais loin du social. Les morts ne reviennent pas dans un vide historique.
Cette relation au réel donne à son travail une affinité avec le folk horror, mais dans une version tropicale, urbaine ou métissée plutôt que pastorale. Le rite n'est pas seulement un vestige rural. Il circule dans les maisons, les musiques, les gestes de protection, les paroles qu'on évite de prononcer. La communauté peut devenir un piège, mais aussi une mémoire vivante. L'horreur naît quand cette mémoire réclame un prix que les personnages ne comprennent pas encore.
Ramoos paraît attentive à la texture des milieux. Un film d'horreur brésilien qui ignore la sensation de l'air, le bruit de la rue, la densité des rapports sociaux, perd une partie de sa force. La peur n'y est pas abstraite. Elle colle. Elle transpire. Elle passe par le voisinage, par la famille, par la religion domestique, par la violence très concrète des hiérarchies. Même un élément fantastique y gagne à garder les pieds dans la poussière ou le carrelage.
Dans les années 2020, cette orientation devient particulièrement féconde. Le cinéma de genre latino-américain a montré une capacité remarquable à lier l'intime et le politique sans transformer le film en tract. Les maisons hantées deviennent des maisons de classe. Les possessions parlent de corps contrôlés. Les monstres portent l'histoire de la terre, de la race, du genre, de l'argent. Ramoos, par sa place dans cette constellation, participe à cette relecture du fantastique comme mémoire active.
Il faut aussi considérer ce que deux crédits peuvent dire d'une méthode. Dans un espace de production indépendant, la brièveté n'est pas seulement une étape. Elle oblige à une concentration du geste. Un plan doit installer un monde. Une apparition doit ouvrir un passé. Un son doit faire sentir ce que le budget ne montre pas. Cette économie peut donner au film une intensité que des productions plus lisses perdent dans la décoration.
La force possible de Ramoos tient à cette alliance du concret et du rituel. Le corps n'est pas une simple victime. Il est un lieu de passage. Une maison n'est pas un abri neutre. Elle est traversée de dettes. Une fête, une prière, un repas, une promenade nocturne peuvent soudain devenir des dispositifs de révélation. Le cinéma latino-américain d'horreur excelle quand il comprend que le quotidien est déjà plein de signes, et que le fantastique consiste moins à les inventer qu'à les rendre lisibles.
Manda Ramoos mérite donc une attention qui dépasse la curiosité géographique. Elle rappelle que l'horreur brésilienne ne se résume ni au choc d'exploitation ni à l'allégorie élégante. Elle peut être sensuelle, rude, communautaire, hantée par la violence et par les survivances. Ses films, tels qu'ils apparaissent dans CaSTV, promettent un cinéma où la peur ne descend pas sur le monde: elle monte de lui. Elle vient du sol, des murs, des corps, des noms transmis, et elle demande au spectateur de reconnaître que l'étrange a toujours parlé la langue du voisinage.
