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Malaz Usta

Le cinéma de Malaz Usta paraît venir d'un territoire où l'exil, la mémoire et le cauchemar peuvent partager la même pièce. Ses deux crédits dans CaSTV suggèrent un regard attiré par les seuils: seuil entre pays, entre langues, entre récit réaliste et trouble fantastique. Ce n'est pas une position décorative. L'horreur devient ici la forme que prend une appartenance quand elle se fissure, quand le lieu où l'on vit ne coïncide plus avec le lieu qui continue de parler en soi.

Cette logique donne à son travail une proximité naturelle avec le cinéma de migration et avec les hantises politiques du genre contemporain. La peur n'y est pas seulement individuelle. Elle circule dans les papiers, les accents, les souvenirs, les familles dispersées, les noms qu'il faut répéter pour être cru. Un fantôme, dans un tel cinéma, n'est jamais seulement un mort. Il peut être une langue perdue, une maison abandonnée, une violence que le présent demande de traduire proprement.

Usta semble appartenir à cette génération des années 2020 qui ne sépare plus l'angoisse intime des catastrophes historiques. Le genre a beaucoup gagné à ce déplacement. Il ne s'agit pas d'ajouter un message social à une intrigue de peur, comme on verse une sauce morale sur un plat déjà cuit. Il s'agit de reconnaître que certaines situations sociales sont déjà horrifiques par leur structure: attente, contrôle, disparition, surveillance, vulnérabilité administrative, impossibilité de rentrer.

Dans cette perspective, les espaces comptent énormément. Un couloir d'immeuble, une salle d'attente, une chambre temporaire, une rue étrangère à la tombée du jour peuvent devenir des lieux de menace sans se transformer ouvertement. La mise en scène n'a pas besoin de forcer. Elle laisse le cadre montrer son indifférence. C'est cette indifférence qui blesse. Le monde ne se déforme pas toujours pour accueillir la peur. Parfois, il reste exactement pareil, et c'est pire.

Le nom de Malaz Usta appelle aussi une attention à la circulation entre traditions. Selon les films, son imaginaire peut croiser le cinéma moyen-oriental, les formes européennes de l'essai narratif et la sécheresse de l'horreur indépendante. Il faut rester prudent avec les étiquettes nationales quand une trajectoire artistique semble précisément travailler les déplacements. Mais il serait dommage de neutraliser cette dimension. Le genre est souvent plus vivant quand il voyage avec des blessures, pas seulement avec des références.

Son rapport possible au surnaturel paraît intéressant parce qu'il ne réclame pas une croyance immédiate. La hantise fonctionne mieux quand elle ressemble d'abord à un problème de mémoire. Quelque chose insiste, revient, demande une place dans le présent. Le personnage peut appeler cela fatigue, culpabilité, trauma, folie ou superstition. Le film, lui, n'a pas besoin de trancher trop vite. Il lui suffit de faire sentir que chaque explication laisse un reste.

Cette retenue rapproche Usta du film de fantômes dans sa forme la plus adulte. Le fantôme n'est pas l'effet spécial qui traverse le couloir. Il est la dette qui traverse le corps. Il force un retour, il déplace les vivants, il rend les maisons étrangères. Dans un monde saturé d'images rapides, ce type d'horreur demande une patience rare: regarder comment une absence pèse, comment elle modifie la respiration du récit.

Les deux crédits de Malaz Usta ne suffisent pas à figer une oeuvre, et c'est très bien ainsi. Ils signalent plutôt une direction de travail précieuse pour CaSTV: une horreur qui ne cherche pas seulement la secousse, mais la persistance. On n'en sort pas avec une icône nouvelle, un masque ou une formule facilement exportable. On en sort avec l'impression qu'un lieu peut garder en lui plusieurs pays, plusieurs morts, plusieurs versions contradictoires d'une même histoire. C'est une peur moins bruyante, mais plus profonde. Elle ne visite pas le présent. Elle y habite déjà.

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